Le résultat net de Rawbank progresse de 3,7 % à 287,9 milliards FC au 30 juin 2026, porté par les opérations de change. Dans le même temps, les crédits à la clientèle reculent de 10 % et le ratio de solvabilité globale passe de 15,09 % à 13,72 %, selon le rapport Pilier III de la banque.
Publié en application de l’instruction n° 55 de la Banque centrale du Congo (BCC), le document couvre les six premiers mois de 2026. Ses états financiers ont été revus par Deloitte Services SARL et approuvés par le Conseil d’administration. Le bénéfice se compare à 277,6 milliards FC un an plus tôt. Au cours de clôture de 2 240 FC pour 1 USD, il représente environ 128 millions USD, selon un calcul de Lepoint.cd. Le total du bilan atteint 18 990,6 milliards FC, soit près de 8,5 milliards USD, en hausse de 23,7 % par rapport aux 15 346,2 milliards FC du 31 décembre 2025.
Sur l’ensemble de 2025, la banque avait réalisé un produit net bancaire de 681,8 millions USD et un résultat net de 231,6 millions USD.
Le change compense l’érosion de la marge d’intermédiation
Le produit net bancaire s’établit à 780,1 milliards FC, presque stable (+0,6 %) face aux 775,3 milliards du premier semestre 2025. Sa composition a changé. La marge d’intermédiation, c’est-à-dire l’écart entre les intérêts perçus et les intérêts versés, recule de 14,5 % à 462,8 milliards FC.
Les produits sur opérations avec la clientèle baissent de 14,3 % à 386,7 milliards FC. Les seuls intérêts sur crédits perdent 15,6 %, à 281,2 milliards. Les commissions sur crédits progressent au contraire de 44,6 %, à 82,0 milliards. Les produits de trésorerie reculent de 12,4 % à 128,8 milliards. Les produits interbancaires gagnent 23,6 % à 68,8 milliards, dont 50,5 milliards d’intérêts sur obligations, soit 3,5 fois le niveau de juin 2025.
Le relais vient des opérations bancaires diverses, dont les produits augmentent de 34,6 % à 532,0 milliards FC. Les commissions et profits sur opérations de change passent de 75,1 à 202,5 milliards, une multiplication par 2,7. Ils représentent 26 % du produit net bancaire. Cette ligne est partiellement compensée par les pertes de change sur la position de la banque, qui grimpent de 20,7 à 95,5 milliards FC. Le solde net atteint environ 107,1 milliards, contre 54,4 milliards un an plus tôt, selon un calcul de notre rédaction.
Les commissions liées aux flux de paiement s’érodent. Celles sur transferts étrangers baissent de 17,8 % à 58,2 milliards FC, celles sur transferts vers d’autres banques de 14,2 % à 70,2 milliards, et les commissions sur cartes de 8,5 % à 39,4 milliards.
Le cours du dollar est passé de 2 790 FC en juin 2025 à 2 240 FC, soit une baisse de 19,7 %. Cette évolution réduit mécaniquement la valeur en francs des revenus perçus en devises, ce qui peut expliquer une partie du repli des lignes d’intérêts.
Des charges maîtrisées et un coefficient d’exploitation de 43,3 %
Les charges générales d’exploitation reculent de 7,7 % à 162,7 milliards FC. Les charges de personnel augmentent de 5,6 % à 136,1 milliards, soit 40,3 % des charges de structure. Les impôts et taxes chutent de 31,8 % à 14,6 milliards. Le résultat brut d’exploitation progresse de 4,3 % à 443,1 milliards FC. Les charges de structure représentent 43,3 % du produit net bancaire, contre 45,4 % au premier semestre 2025 selon un calcul de Lepoint.cd.
Les dotations aux provisions sur créances tombent de 86,8 à 58,6 milliards FC, tandis que les reprises passent de 68,3 à 41,0 milliards. Le coût net du risque reste donc stable, à 17,6 milliards contre 18,5 milliards. Deux lignes vont en sens inverse. Les frais de contrôle de la BCC augmentent de 68 % à 45,2 milliards FC, et les amendes et pénalités passent de 3,9 à 10,4 milliards. L’impôt sur les bénéfices s’élève à 110,3 milliards, soit un taux effectif de 27,7 % sur un résultat courant avant impôt de 398,1 milliards.
Un bilan gonflé par la trésorerie, pendant que le crédit recule
La trésorerie et les opérations interbancaires atteignent 13 610,4 milliards FC, en hausse de 45,5 %, et représentent 71,7 % de l’actif. Les avoirs chez les correspondants bancaires bondissent de 62,4 % à 9 130,6 milliards FC, soit 48,1 % du total. Ils comprennent 6 637,3 milliards de placements en devises, logés notamment chez QNB Paris, Natixis, First Abu Dhabi Bank et Bank of China Dubaï. Les comptes ordinaires étrangers passent de 313,5 à 2 341,7 milliards FC. Les avoirs à la BCC et en caisse montent de 61,8 % à 2 687,9 milliards.
Le portefeuille d’investissement recule de 13,4 % à 1 791,8 milliards FC. Les Bons BCC s’effondrent de 320,0 à 24,6 milliards. Les obligations du Trésor local progressent de 5 % à 987,6 milliards. Les obligations du Trésor américain passent de 348,7 à 556,9 milliards, alors que les bons du Trésor américain tombent de 450,2 à 207,6 milliards.
Les crédits à la clientèle, effets commerciaux inclus, reculent de 10,1 % à 4 636,3 milliards FC. Ils ne pèsent plus que 24,4 % de l’actif, contre 33,6 % fin 2025. Les découverts chutent de 23,4 % à 1 734,9 milliards, tandis que les crédits octroyés progressent de 6,5 % à 2 704,0 milliards. Rapportés aux dépôts, les crédits ne représentent plus que 31,7 %, contre 42,7 % six mois plus tôt, selon un calcul de notre rédaction.
Les dépôts de la clientèle atteignent 14 604,3 milliards FC, en hausse de 21 %. Les dépôts à vue augmentent de 18,5 % à 10 293,7 milliards et les dépôts à terme de 49 % à 2 761,3 milliards. Le tableau V du rapport détaille les dépôts ordinaires, qui totalisent 13 311,1 milliards FC. Les entreprises privées y progressent de 34,4 % à 5 874,9 milliards, soit 44 % du total. Les ménages augmentent de 9,1 % à 4 220,6 milliards. L’administration publique centrale double presque ses dépôts, de 678,9 à 1 288,6 milliards. La banque indique que 91 % de ses dépôts sont en devises. Ceux-ci gagnent 25,2 % à 12 269,3 milliards FC, contre 4,9 % pour les dépôts en francs congolais, à 1 041,8 milliards.
Hors bilan, les engagements donnés augmentent de 46,6 % à 2 752,3 milliards FC, avec 1 226,5 milliards de cautions et avals (+48 %) et 1 332,3 milliards de plafonds de crédit disponibles (+54,3 %). Les engagements de change à terme passent de 0,2 à 313,6 milliards FC.
La solvabilité baisse malgré le bénéfice
Les fonds propres comptables s’élèvent à 1 885,2 milliards FC, en hausse de 1 %. La banque a distribué 242,4 milliards de dividendes, soit 46,5 % du résultat 2025 (521,2 milliards). Les fonds propres réglementaires reculent de 1,6 % à 1 597,3 milliards FC. Le noyau dur (Tier 1) perd 3,4 % à 1 326,6 milliards, alors que le Tier 2 gagne 8,1 % à 270,8 milliards.
Les actifs pondérés des risques augmentent de 8,2 % à 11 642,5 milliards FC, selon un calcul de Lepoint.cd, alors que le rapport mentionne 7,61 %. Le risque opérationnel progresse de 23,6 % et le risque de marché est multiplié par 3,3, à 158,6 milliards.
Le ratio de solvabilité globale ressort à 13,72 %, contre 15,09 % fin 2025, pour un minimum de 10 % (11,25 % avec les coussins). Le ratio Tier 1 est de 11,39 % pour un plancher de 6 %. Le ratio de levier tombe de 8,58 % à 6,60 % (minimum 5 %). La position de change passe de 3,21 % à 10,38 % des fonds propres, pour un plafond de 15 %. La liquidité globale atteint 170,37 %, dont 452,50 % en francs et 154,27 % en devises, pour un minimum de 100 %. La banque précise que le résultat de juin n’est pas encore incorporé. Son intégration ajouterait environ 2,5 points, soit un ratio global proche de 16,2 % avant toute distribution, selon un calcul de Lepoint.cd. La rentabilité des fonds propres de base est de 32,82 %, contre 36,17 % fin 2025, et celle de l’actif de 3,35 %.
Un portefeuille plus sain, mais concentré
Les créances en souffrance brutes baissent de 19,5 % à 279,9 milliards FC, soit 5,8 % des crédits bruts contre 6,5 %. En net de provisions, elles chutent de 33,8 % à 125,2 milliards, soit 2,7 % des crédits nets contre 3,7 %. Les créances non performantes nettes représentent 0,60 %. Le taux de provisionnement monte de 46 % à 55 %. Les créances à surveiller reculent de 37,5 % à 97,4 milliards et les créances restructurées passent de 25,8 à 12,6 milliards. Les provisions sur créances compromises augmentent de 13,1 % à 105,1 milliards FC et couvrent ces créances à 100 %.
La concentration reste élevée. Les industries extractives pèsent 1 643,3 milliards FC, soit 34,3 % des crédits bruts, avec 3,2 % de créances en souffrance. Les activités non sectorisées représentent 19,6 % du portefeuille. L’administration publique totalise 247,1 milliards FC de crédits, dont 21,9 % sont en souffrance. La proportion atteint 56,2 % pour les administrations locales (61,7 milliards de crédits) et 11,1 % pour l’administration centrale. Les entreprises publiques, avec 744,6 milliards de crédits, affichent moins de 1 % de créances en souffrance. Au total, les entités publiques concentrent 18,2 % des crédits bruts.
Par monnaie, 97,5 % des crédits sont libellés en devises. Les crédits en francs congolais ne représentent que 120,4 milliards FC, dont 19,1 % sont en souffrance, contre 5,5 % pour ceux en devises. Par échéance, les découverts pèsent 36,2 % du portefeuille et les crédits à long terme 5,1 %.
Une provision de 100 % a été constituée sur les encaisses détenues dans l’Est du pays. Les liquidités des distributeurs et agences de Goma et de Bukavu n’ont pas pu être comptées à la clôture. Le montant n’est pas précisé.
Forces et faiblesses au regard de la politique monétaire de la BCC
Rawbank présente plusieurs atouts. Ses ratios de solvabilité et de liquidité restent au-dessus des minima, la qualité du portefeuille s’améliore, les frais généraux reculent et le financement se diversifie. Les emprunts financiers passent de 355,5 à 384,2 milliards FC, avec l’entrée de la British International Investment à hauteur de 56 milliards, aux côtés de la SFI et de Proparco (112 milliards chacune).
Les faiblesses se lisent face aux orientations de la BCC. Celle-ci a ramené son taux directeur de 13,5 % à 12,5 % le 17 juillet 2026, après 25 % en octobre 2025. Il reste supérieur à l’inflation projetée de 2,9 %, soit un taux réel d’environ 9,6 points selon un calcul de Lepoint.cd. L’assouplissement vise à relancer le crédit. Or le premier employeur de dépôts du pays en prête de moins en moins, avec 31,7 centimes de crédit pour chaque franc déposé. L’argent se loge chez des correspondants étrangers, ce qui suggère une faible transmission de la baisse des taux à l’économie réelle.
La dédollarisation, autre priorité de la BCC, bute sur la structure du bilan. La Banque centrale a prévu de réviser progressivement le taux de conversion des dépôts en devises pour inciter les banques à favoriser la monnaie locale. Avec 91 % de dépôts et 97,5 % de crédits en devises, et un crédit en francs à la fois rare et fragile, Rawbank reste éloignée de cet objectif. En avril, la BCC a aussi instauré l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises étrangères.
La dépendance aux opérations de change constitue un troisième point de vigilance. Elles fournissent 26 % du produit net bancaire. Cette source est volatile et exposée à tout resserrement des écarts de change, alors que la position de change a triplé. La baisse des taux directeurs, si elle se poursuit, réduira aussi le rendement des placements. Enfin, le recul de la solvabilité de 1,4 point, avec des actifs pondérés en hausse et 46,5 % du résultat 2025 versé en dividendes, limite la marge de manœuvre pour financer une reprise du crédit.
L’indicateur à surveiller sera l’évolution des crédits et de la part des prêts en francs congolais dans le rapport Pilier III au 30 septembre 2026.
M. KOSI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.