Face à la presse ce mercredi 14 octobre, le Dr Jean Kaseya, Directeur général d'Africa CDC, a placé la question des financements au cœur de son intervention sur la riposte à Ebola en RDC. Les promesses se multiplient, mais le suivi de l'argent décaissé pose problème.

Face à la presse ce mercredi 14 octobre, le Dr Jean Kaseya, Directeur général d’Africa CDC, a placé la question des financements au cœur de son intervention sur la riposte à Ebola en RDC. Les promesses se multiplient, mais le suivi de l’argent décaissé pose problème. Saluant l’engagement du gouvernement congolais, il a appelé à la traçabilité des fonds versés aux partenaires.
A l’en croire, le plan de riposte régional, lancé avec l’OMS, recherchait 512 millions de dollars, dont environ 242 millions pour la RDC. Sur cette enveloppe, le gouvernement congolais avait déjà décaissé 50 millions de dollars.
« C’est la première fois que je vois un gouvernement mobiliser des fonds de cette manière », a déclaré Jean Kaseya, qui dit travailler dans la santé publique depuis 30 ans.
Les engagements ont ensuite grimpé. La réunion des chefs d’État et de gouvernement du 16 juin, présidée par le président du Burundi, a recueilli 1,2 milliard de dollars, puis 1,6 milliard. Après la rencontre organisée par les États-Unis, qui assurent la présidence du G20, et l’intervention de la Première ministre à New York, le total atteint 3,045 milliards de dollars.
« La voix de la RDC est entendue », a souligné le Directeur général d’Africa CDC.
Parmi les contributions citées, les États-Unis sont passés de 462 à 887 millions de dollars. La Banque mondiale apporte environ 420 millions et l’Union européenne environ 500 millions.
Zones d’ombre sur les décaissements
Les donateurs ont versé 962 millions de dollars, soit environ 58 % des 1,6 milliard annoncés. Ces fonds sont allés non pas au gouvernement, mais aux partenaires chargés de la mise en œuvre.
« Le gouvernement ne dispose pas d’informations sur plus de 200 millions de dollars. Où se trouvent les 700 millions de dollars restants ? C’est la véritable question que nous devons nous poser », a déclaré Jean Kaseya.
Transparence exigée, sanctions possibles
Le gouvernement va assurer un suivi rapproché auprès des partenaires. Tout partenaire ayant reçu des fonds doit préciser les montants reçus et expliquer leur utilisation, conformément au plan gouvernemental. Faute de transparence, Kinshasa peut suspendre l’accréditation des partenaires concernés et mettre fin à leurs activités en RDC. Le Dr Kaseya dit avoir relayé ce message sur les réseaux sociaux.
« Les chiffres que nous vous communiquons aujourd’hui constituent une avancée importante : pour la première fois, nous disposons d’une vision consolidée des ressources mobilisées pour une épidémie en Afrique. Les partenaires avaient leurs propres pratiques, mais nous travaillons désormais à harmoniser ces méthodes », a-t-il indiqué.
Et d’ajouter: « Lorsque Son Excellence le président de la République nous a accordé une audience, le 5 août, je lui ai proposé que les partenaires qui ne respecteraient pas leurs engagements ou les exigences du gouvernement puissent faire l’objet de mesures appropriées. Il m’a soutenu sur ce point. Certains d’entre vous m’ont entendu déclarer sur RFI qu’un gouvernement ne se contente pas de se plaindre : il agit. Je savais que le gouvernement allait agir, et c’est aujourd’hui le cas ».
Une épidémie en recul, mais des foyers qui se déplacent
Sur le plan sanitaire, Jean Kaseya a reconnu des progrès. Depuis deux semaines, la courbe épidémiologique est en baisse.
Il note cependant un déplacement des principaux foyers vers le nord, à Beni et Butembo, au Nord-Kivu, ce qui préoccupe Africa CDC. La surveillance épidémiologique et le suivi des contacts doivent être renforcés.
L’épidémie a aussi des effets sur les autres indicateurs de santé. La mortalité maternelle a augmenté de 75 % dans les zones de Bunia et de Nizi, et le nombre d’enfants vaccinés a baissé.
Signalons qu’Africa CDC a déclaré l’épidémie de portée régionale dès qu’elle a touché la RDC et l’Ouganda. Un cas mortel importé de la RDC a depuis été signalé au Kenya. L’institution intervient sur trois axes : aider à élaborer des plans solides, mobiliser les ressources et fournir un appui technique, avec plus de 200 collaborateurs recrutés en RDC.
Pour Jean Kaseya, il faut désormais assurer le suivi de ces financements et maîtriser l’épidémie, afin d’améliorer aussi les autres indicateurs de santé.
Eldad B.





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