De 2023 à 2025, la RDC a exporté pour 93,2 milliards de dollars et déclaré 54,4 milliards de recettes rapatriées. Les dépôts en devises des banques n'ont pourtant progressé que de 3,8 milliards. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo y voit une fuite de richesse qui prive l'économie de financement.

De 2023 à 2025, la RDC a exporté pour 93,2 milliards de dollars et déclaré 54,4 milliards de recettes rapatriées. Les dépôts en devises des banques n’ont pourtant progressé que de 3,8 milliards. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo y voit une fuite de richesse qui prive l’économie de financement.
Les exportations de la République démocratique du Congo (RDC) ont atteint 93,2 milliards de dollars entre 2023 et 2025, selon les chiffres présentés le 9 octobre 2026 à Kolwezi par le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso. Sur la même période, les déclarations de rapatriement des recettes d’exportation ont totalisé 54,4 milliards de dollars, tandis que les dépôts en devises du système bancaire n’ont augmenté que de 3,8 milliards. Le gouverneur s’exprimait devant des représentants de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), de la Chambre des mines et de l’Association congolaise des banques (ACB).
Les proportions mesurent l’écart. D’après un calcul de Lepoint.cd, les rapatriements déclarés représentent 58,4 % des exportations, et la hausse des dépôts en devises ne correspond qu’à 7 % de ces montants rapatriés, soit environ 1,3 milliard de dollars par an pour plus de 31 milliards exportés chaque année. Pour les banques, ce sont autant de ressources qui ne viennent pas alimenter le crédit aux entreprises et aux ménages. Pour la BCC, la faiblesse des dépôts limite aussi la portée de sa politique monétaire dans une économie où 87,6 % des dépôts bancaires étaient libellés en devises à fin septembre 2026. André Wameso a jugé cette situation « intenable à long terme ».
Depuis la réforme du Code minier de mars 2018, un exportateur minier doit rapatrier en RDC au moins 60 % de ses recettes d’exportation tant que son investissement n’est pas amorti, puis 100 % une fois l’amortissement achevé. Le ratio global de 58,4 % reste inférieur à ce seuil minimal, même si les deux périmètres ne se recouvrent pas exactement. Les exportations totales incluent des produits non miniers, et une partie des exportateurs miniers est soumise à l’obligation de 100 %.
L’écart avec les dépôts appelle toutefois une nuance. Un dollar rapatrié n’a pas vocation à dormir sur un compte. Il sert à payer les salaires, les sous-traitants, les impôts ou les importations d’équipements, et ressort du système bancaire lorsqu’il finance un achat à l’étranger. Les 3,8 milliards mesurent la variation d’un stock, celui des dépôts, alors que les 54,4 milliards décrivent des flux cumulés sur trois ans. Le gouverneur l’a lui-même relevé en appelant à examiner la destination des exportations, les paiements effectués à l’étranger, les préfinancements accordés aux miniers et leurs relations financières avec leurs partenaires.
Le diagnostic rejoint un autre chiffre avancé par André Wameso en août 2026. Selon lui, environ 8,5 milliards de dollars en billets ont été importés en RDC en 2025, alors que les dépôts bancaires n’ont progressé que de 1,5 milliard. Les deux constats décrivent le même phénomène, une masse de dollars qui transite par l’économie congolaise sans s’y fixer dans les banques.
La BCC prépare une réforme de la réglementation du change pour améliorer le rapatriement des recettes d’exportation, renforcer la traçabilité des flux et étendre l’usage du franc congolais dans les transactions intérieures. Elle s’ajoute aux règles annoncées pour avril 2027, qui imposeront de régler les achats par carte ou en francs congolais après conversion des dollars. Les exportateurs miniers, qui génèrent l’essentiel des devises du pays, seront les premiers concernés.





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