Le contraste saute aux yeux, et il n’a pas échappé aux Congolais. Alors qu’un simple jus de fruits affiché à 21 dollars dans un supermarché de Kinshasa fait le tour des réseaux sociaux, la grogne monte. Comment expliquer qu’un produit vendu 2 euros à Paris dépasse vingt billets verts dans la capitale congolaise ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la vie coûte cher, et les consommateurs ne décolèrent pas.
Face à cette vague de protestations, le Ministère de l’Économie nationale n’a pas tardé à réagir. Ce jeudi, Albert Kasongo Mukonzo, Directeur de cabinet du Vice-Premier Ministre, a pris la tête d’une délégation pour arpenter les rayons des grandes surfaces kinois. Objectif : vérifier les prix sur place, comparer les étiquettes, comprendre les écarts parfois vertigineux sur les produits de base. À chaque étape, le même constat : la variation des tarifs d’un magasin à l’autre, sans toujours de justification évidente.

Pourquoi une telle différence ? D’un côté, les commerçants évoquent la hausse des coûts d’importation, la volatilité du franc congolais et les taxes cumulées. De l’autre, les familles s’essoufflent devant la flambée des prix du riz, du lait ou de l’huile. Selon la Banque centrale du Congo, l’inflation annuelle dépassait encore 24 % en juin dernier, ce qui pèse directement sur le panier des ménages. Une hausse confirmée par l’Institut National de la Statistique, qui signale une augmentation généralisée de 18 à 22 % sur l’ensemble des produits alimentaires en moins d’un an.
Mais la tension monte d’un cran quand l’écart se transforme en incompréhension : ce fameux jus, vendu dix fois plus cher qu’en Europe, est-il le symptôme d’une spéculation ouverte, ou d’un marché devenu hors de contrôle ? Plusieurs associations de consommateurs réclament plus de transparence sur la formation des prix et une action ferme contre les abus. « Il faut protéger les familles contre les pratiques abusives », plaide Joel LAMIKA, responsable du Mouvement national des consommateurs lésés, joint par téléphone.
Les autorités, de leur côté, affirment vouloir renforcer la surveillance. « Ce n’est pas un simple contrôle de routine. Nous voulons comprendre pourquoi le même produit peut doubler de prix d’une enseigne à l’autre », explique un membre de la délégation. Un rapport détaillé devrait être transmis au gouvernement dans les prochains jours, avec des recommandations pour mieux encadrer les marges pratiquées par les distributeurs.
Reste à savoir si ces mesures auront un effet immédiat sur le portefeuille des Congolais. En attendant, l’affaire du jus à 21 dollars continue d’agiter les conversations, bien au-delà des réseaux sociaux. Car derrière chaque étiquette, c’est toute la question du pouvoir d’achat qui se pose, dans une ville où l’essentiel devient parfois un luxe.
— Peter MOYI


