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Accord RDC–Kobold Metals : les États-Unis investissent dans la prospection du lithium à Manono grâce à l’IA

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Les États-Unis font une entrée remarquée dans la prospection minière de la RDC. La signature d’un accord entre Kobold Metals et le ministère congolais des Mines cible la numérisation des données géologiques et le lancement d’un vaste projet lithium à Manono, dans la province du Tanganyika. Le secteur, longtemps dominé par les intérêts chinois et européens, s’ouvre à de nouveaux capitaux et à une technologie d’intelligence artificielle qui promet de bouleverser les méthodes de cartographie et d’exploitation.

L’engagement signé par Kizito Pakabomba, ministre des Mines, et Benjamin Katabuka, directeur général de Kobold Metals en RDC, repose sur trois axes opérationnels : collecte numérique des données, extraction via des procédés technologiques avancés et développement industriel du lithium. Kobold Metals, soutenue par des investisseurs de la Silicon Valley, s’appuie sur des algorithmes capables d’analyser de vastes volumes d’informations géologiques. Ce recours massif à l’IA devrait, selon la direction, raccourcir les délais de prospection de plusieurs années. La société vise à déposer des permis couvrant plusieurs centaines de kilomètres carrés dans le sud et l’est du pays.

Le lithium, désormais au centre des intérêts stratégiques mondiaux, a vu son prix bondir de près de 70 % entre 2021 et 2023, sous l’effet de la demande pour les batteries destinées à la mobilité électrique. Selon Benchmark Mineral Intelligence, la demande mondiale a franchi le seuil des 700 000 tonnes en 2023, avec une croissance annuelle supérieure à 25 %. La RDC, déjà leader sur le marché du cobalt avec plus de 70 % de la production mondiale, cherche à renforcer sa position dans la chaîne de valeur des métaux critiques.

Cet accord s’inscrit dans un contexte de repositionnement américain sur le continent africain. L’administration Biden a inscrit le lithium congolais parmi les ressources stratégiques pour les filières technologiques américaines, dans le sillage de l’Inflation Reduction Act. La stratégie annoncée mise sur l’innovation et la formation de la main-d’œuvre locale. Kobold prévoit l’embauche d’ingénieurs congolais et la création d’un centre de données dédié à la gestion des informations géologiques.

Le projet Manono, s’il aboutit, pourrait transformer l’économie régionale. Selon des estimations du cabinet Deloitte, le gisement recèlerait près de 400 millions de tonnes de spodumène, avec une teneur moyenne de 1,65 % en oxyde de lithium, soit l’un des plus importants d’Afrique. Les flux financiers attendus, couplés à la création d’infrastructures, pourraient générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects.

Des observateurs, notamment le Congo Research Group et l’Africa Center for Strategic Studies, rappellent la nécessité de garantir la transparence dans l’attribution des permis et la traçabilité des flux. La numérisation des données, associée à l’IA, pourrait justement offrir un outil de contrôle inédit pour l’État congolais, à condition que les résultats soient partagés et audités.

L’arrivée de Kobold Metals marque ainsi une étape dans la transformation technique du secteur minier congolais. Le pari de la data et de la haute technologie s’accompagne de nouveaux équilibres géopolitiques et d’attentes fortes en matière de retombées locales. L’enjeu n’est plus seulement l’extraction, mais l’intégration de la RDC dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de la transition énergétique.

— Peter MOYI

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