Buenassa Resources a présenté une feuille de route industrielle chiffrée à 3,5 milliards USD à la veille du Critical Minerals Ministerial à Washington (États-Unis). L’entreprise dit vouloir bâtir, en RDC, une chaîne de valeur intégrée pour les métaux dits stratégiques, avec l’objectif de renforcer la transformation locale du cuivre et du cobalt et de sécuriser les approvisionnements.
Samy Badibanga, président de Buenassa Resources et ancien Premier ministre de la RDC, relie ce projet à l’emploi et à la stabilité sociale. Il affirme que l’initiative vise à « apporter de la visibilité à plus de 3 000 employés directs de Chemaf et à des milliers de sous-traitants locaux », touchés par une période d’incertitude. Il ajoute que le futur complexe de raffinage « générera environ 5 000 emplois ».
Une intégration verticale pour sécuriser la matière première et la production
Le plan industriel est structuré en plusieurs étapes, avec un point de départ clair : l’amont. Buenassa prévoit une acquisition de Chemaf pour 1,5 milliard USD, présentée comme un levier de stabilisation et de réaménagement de la dette. L’objectif annoncé est de terminer deux unités, Etoile II et Mutoshi, afin d’honorer des engagements existants et de garantir une alimentation régulière en minerai pour les étapes suivantes.
Vient ensuite le raffinage, en plusieurs phases. Pour la phase I, Buenassa annonce 700 millions USD d’investissements, avec des cibles de production de 30 000 tonnes de cuivre et 5 000 tonnes de cobalt. L’entreprise précise que le cuivre visé est de qualité cathodes au standard LME, et que le cobalt doit sortir sous forme de sulfate de cobalt et de métal de haute pureté. En pratique, cela signifie des produits plus proches des besoins industriels : le cuivre raffiné pour les marchés internationaux, et le sulfate de cobalt utilisé notamment dans certaines chaînes de fabrication liées aux batteries.
La phase II est chiffrée à 1,3 milliard USD. Elle vise un changement d’échelle : 120 000 tonnes de cuivre et 20 000 tonnes de cobalt par an. Une phase III est aussi mentionnée comme une extension future, pensée pour adapter la capacité à l’évolution des marchés et au rythme de maturation industrielle du pays, sans montant détaillé dans le texte fourni.
Au-delà de l’usine, Buenassa met en avant un volet aval consacré à l’organisation de la commercialisation, de l’approvisionnement et du stockage. L’entreprise parle d’une chaîne « de bout en bout », avec des mécanismes de stockage au niveau national et international, pour répondre à des priorités de sécurité d’approvisionnement.
Le cœur de l’argument de Buenassa repose sur l’intégration verticale, c’est-à-dire le fait de contrôler plusieurs maillons à la fois (matière première, transformation, vente). Eddy Kioni, directeur général de Buenassa Resources, explique que cette approche vise à réduire deux risques souvent cités par les investisseurs : l’instabilité de l’accès au minerai et les variations des prix sur les marchés. Il déclare : « L’intégration verticale est le meilleur chemin pour neutraliser la volatilité des sources d’alimentation et des prix de marché. » Il ajoute que l’architecture prévoit des projets « financièrement séparés » tout en gardant une intégration opérationnelle totale, afin d’éviter qu’un actif en difficulté n’entraîne les autres, tout en garantissant à la raffinerie une source de minerai présentée comme stable.
Dans le même passage, l’entreprise indique vouloir livrer à la fois des métaux « pour le secteur de la défense » et des sulfates « pour le secteur commercial ». Autrement dit, elle revendique une production orientée vers des usages industriels exigeants, avec des spécifications adaptées aux chaînes d’approvisionnement internationales.
Sur le financement, Buenassa affirme avancer vers une « bancabilité », avec l’appui du gouvernement congolais, d’institutions financières de développement africaines et internationales, et de partenaires techniques. Le texte cite des échanges avec des institutions américaines, dont l’U.S. International Development Finance Corporation (US DFC), et la collaboration envisagée avec une grande maison américaine de négoce de matières premières pour renforcer une capacité interne de trading. Deux banques sont aussi mentionnées comme soutiens initiaux : Rawbank et United Bank for Africa (UBA). Buenassa dit enfin travailler à un partenariat stratégique avec un groupe industriel basé dans la région du Golfe.
Sur la gouvernance technique, l’entreprise annonce un cadre aligné sur des standards internationaux, et dit se référer aux principes de l’OCDE sur la conduite responsable des entreprises et la diligence sur les chaînes d’approvisionnement, en mettant l’accent sur la traçabilité. Plusieurs rôles sont détaillés : Roland Berger Strategy Consultants doit mener un audit d’acquisition et un travail de restructuration de dette pour les actifs amont. Un consortium Bara Consulting et MET63 est annoncé comme « Owner’s Engineer » pour la raffinerie, tout en participant à la gestion des opérations amont, afin d’assurer la continuité entre mine et usine. Buenassa prévoit aussi de nommer un consultant principal basé aux États-Unis pour livrer les études PFS et DFS, puis de sélectionner un EPC principal américain pour la construction et les services de gestion, maintenance et exploitation sur la durée.
— M. KOSI



