La coalition Le Congo N’est Pas À Vendre estime que la centrale hydroélectrique de Busanga reste encadrée par un montage défavorable à la RDC, malgré le relèvement de la participation congolaise à 40 % dans SICOHYDRO. Son rapport conteste la valorisation des apports nationaux, le financement du projet et les conditions de vente de l’électricité à SICOMINES.
La centrale de Busanga a été conçue pour produire 240 mégawatts dans le Lualaba. Elle doit alimenter prioritairement SICOMINES, dont les besoins sont estimés à 170 mégawatts pour un fonctionnement optimal. Dans une analyse publiée le 29 juillet 2025, le CNPAV reconnaît l’importance énergétique de l’installation, mais remet en cause la répartition des avantages économiques entre les partenaires congolais et chinois.
Le projet est exploité par la Sino-Congolaise hydroélectrique de Busanga. L’avenant numéro 5 à la Convention de collaboration a fixé l’actionnariat de SICOHYDRO à 60 % pour le Groupement des entreprises chinoises et 40 % pour la partie congolaise. Le texte précise que les 40 % congolais constituent une minorité de blocage pour les décisions importantes de la société.
Pour les autorités congolaises, cette répartition constitue l’un des résultats de la renégociation conclue en 2024. Le CNPAV considère cependant que l’augmentation de la participation nationale ne suffit pas à démontrer un rééquilibrage économique, tant que la valeur réelle des ressources et avantages apportés par la RDC n’est pas intégrée au montage financier.
Les apports congolais jugés insuffisamment valorisés
La coalition cite notamment la mise à disposition des terrains, l’utilisation des ressources en eau du bassin du Lualaba et plusieurs exonérations fiscales et parafiscales. Selon son analyse, ces contributions ont été accordées sans évaluation suffisamment transparente de leur valeur ni contrepartie proportionnelle dans le capital de SICOHYDRO.
Le rapport revient également sur l’ancienne structure de l’actionnariat. Avant l’avenant numéro 5, les partenaires congolais détenaient ensemble 25 % de SICOHYDRO. Cette participation comprenait notamment des parts attribuées à Congo Management, à la SNEL et à la Gécamines. La présence de COMAN, société privée ayant détenu 15 %, avait déjà suscité des interrogations sur la justification de son apport dans le projet.
Le CNPAV évoque par ailleurs de possibles conflits d’intérêts liés à des personnalités ayant exercé des fonctions dans les structures publiques de coordination du programme sino-congolais avant d’être associées à des entités privées intervenant dans le projet. Ces éléments sont présentés comme des préoccupations de la coalition et appellent une vérification indépendante des liens, des décisions et des avantages accordés.
La tarification de l’électricité constitue un autre point contesté. Le CNPAV affirme que SICOMINES bénéficie d’une réduction de 20 % sur l’électricité achetée à SICOHYDRO. La coalition estime qu’une telle remise accordée au principal client de la centrale pourrait réduire les recettes nécessaires au remboursement des emprunts, à la maintenance et à la couverture des coûts annuels de fonctionnement, évalués dans son rapport à 16,37 millions USD.
Cette inquiétude devra être confrontée aux contrats de fourniture, aux coûts réels de production et aux états financiers de SICOHYDRO. Le rapport public du CNPAV ne présente pas la réponse de l’entreprise, de SICOMINES ou des actionnaires chinois à son analyse de la rentabilité future.
Des divergences sur le financement de Busanga
Le financement de la centrale reste l’un des volets les plus complexes du dossier. Le CNPAV relève une ambiguïté entre les montants imputés au programme d’infrastructures et la position de l’actionnaire majoritaire, qui aurait présenté Busanga comme un projet financé indépendamment de SICOMINES. Il évoque également plus de 824 millions USD inscrits dans le volet des infrastructures et l’absence de clarification complète sur une contribution congolaise de 328 millions USD.
L’évaluation menée antérieurement pour l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives avait déjà examiné ce montant de 328 millions USD. Le rapport indiquait qu’il avait été présenté comme représentant 50 % d’un investissement initial de 656 millions USD, mais que les consultants n’avaient pas pu retracer son décaissement ni son utilisation dans les documents financiers disponibles.
Le CNPAV critique aussi les dépenses liées à la renégociation du contrat sino-congolais. La coalition affirme que plus de 260 participants ont reçu plus de 29 millions USD en jetons de présence et primes de signature, montants qui auraient été enregistrés dans les décomptes réservés aux infrastructures. Cette affirmation repose, selon elle, sur une lettre adressée par l’APCSC à l’ITIE en septembre 2024.
Au terme de son analyse, la coalition recommande un audit indépendant de SICOHYDRO, une nouvelle lecture des accords juridiques, une modélisation financière complète et une réévaluation des contributions congolaises et chinoises. Elle souhaite que la répartition du capital reflète non seulement les apports financiers directs, mais aussi la valeur des terrains, de l’eau, des exonérations et des autres engagements supportés par l’État.
Busanga reste une infrastructure stratégique pour l’approvisionnement électrique de SICOMINES et du Lualaba. Le débat soulevé par le CNPAV porte désormais sur la part de valeur effectivement conservée par la RDC, la transparence du financement et la capacité de SICOHYDRO à produire des revenus durables au-delà de l’alimentation du projet minier.
— M. MASAMUNA









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