La République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire veulent renforcer leur coopération dans la filière cacao afin de conserver une plus grande partie de la richesse générée par cette matière première sur le continent africain. Cette ambition a été au centre d’un entretien entre le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, et son homologue ivoirien Ibrahim Kalil Konaté, en marge de la signature de l’Accord international sur le cacao à Abidjan.
Cette rencontre intervient alors que les pays producteurs africains cherchent à accroître leur poids dans une industrie mondiale qui génère plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année. Malgré leur rôle dominant dans la production des fèves de cacao, les pays africains continuent de percevoir une part limitée de la valeur créée tout au long de la chaîne de transformation, notamment dans les secteurs du chocolat et des produits dérivés.
Une coopération tournée vers l’industrialisation de la filière
Au cours des discussions, les deux ministres ont examiné les mécanismes qui ont permis à la Côte d’Ivoire de bâtir une filière cacao parmi les plus performantes au monde. Premier producteur mondial de cacao, le pays ouest-africain a progressivement développé des systèmes d’encadrement des producteurs, de structuration des coopératives et de gestion des fluctuations du marché international.
Pour la RDC, l’enjeu est d’accélérer la modernisation de sa propre filière. Les autorités congolaises souhaitent notamment s’inspirer de l’expérience ivoirienne afin d’améliorer l’organisation de la production et de renforcer la résilience des producteurs face à la volatilité des cours mondiaux. Les variations de prix sur les marchés internationaux continuent en effet d’affecter directement les revenus des agriculteurs et les recettes générées par le secteur.
Au-delà des questions nationales, Kinshasa et Abidjan entendent également défendre des intérêts communs face aux évolutions du marché mondial. Les deux pays s’inquiètent notamment de la progression des produits de substitution utilisés par certaines industries agroalimentaires, principalement dans les pays occidentaux. Selon plusieurs acteurs du secteur, cette tendance pourrait réduire la demande mondiale de cacao et exercer une pression sur les prix au cours des prochaines années.
Face à cette situation, les deux gouvernements plaident pour une transformation plus importante des fèves de cacao directement en Afrique. L’objectif est de réduire progressivement l’exportation de matières premières brutes et de développer des activités industrielles capables de créer davantage d’emplois, de revenus fiscaux et de valeur ajoutée sur le continent.
Les autorités estiment également que le marché africain constitue un potentiel encore insuffisamment exploité. Avec une population proche de 1,4 milliard d’habitants, l’Afrique représente un important bassin de consommateurs pour les produits transformés issus de son agriculture. Cette vision s’inscrit dans la logique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à stimuler le commerce intra-africain et à favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales.
Lors de cet échange, Julien Paluku a aussi mis l’accent sur le rôle de l’énergie dans le développement industriel du continent. Selon lui, la transformation locale des matières premières agricoles ne pourra progresser durablement sans une augmentation des capacités énergétiques disponibles. Dans cette perspective, il a rappelé le potentiel du projet hydroélectrique de Grand Inga en RDC, dont la capacité théorique est estimée à 44 000 mégawatts.
À travers ce rapprochement, Kinshasa et Abidjan affichent leur volonté de promouvoir un modèle économique où les pays producteurs ne se limitent plus à exporter des matières premières. L’ambition est de construire une industrie africaine capable de transformer davantage de produits agricoles sur place, tout en améliorant les revenus des producteurs et la part de richesse conservée sur le continent.
— M. KOSI




