Le chantier hydroélectrique de Katende, l’un des plus anciens projets d’infrastructure énergétique en sommeil en République démocratique du Congo, a repris ce lundi. Située dans la province du Kasaï central, cette centrale de 64 mégawatts est appelée à jouer un rôle pivot dans l’alimentation en électricité des villes de Kananga, Tshimbulu, Bunkonde et surtout Mbuji-Mayi, capitale économique de l’ex-province du Kasaï oriental.
À l’heure actuelle, la ville de Mbuji-Mayi ne bénéficie que de 3 à 4 MW, un niveau dérisoire pour une agglomération qui compte plus de deux millions d’habitants. La promesse d’une injection future de 29 mégawatts via Katende représente un potentiel de couverture énergétique multiplié par dix. Pour une région enclavée, à l’écart du réseau interconnecté national et à fort besoin industriel et social, cette évolution est critique.
Selon le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, les travaux de construction de la centrale seront achevés dans un délai de 24 mois, tandis que les infrastructures de transport et de distribution de l’énergie s’étaleront sur 48 mois. Cette double temporalité, classique dans les projets énergétiques, soulève cependant la question du découplage entre production et distribution, souvent à l’origine de délais supplémentaires dans la mise en service effective.
C’est l’entreprise Mining Engineering Service qui a été retenue pour mener à bien les installations. Elle devra construire non seulement les lignes à haute tension mais aussi les réseaux secondaires, destinés à acheminer l’électricité jusqu’aux ménages et aux unités de production. Le coût global du projet n’a pas été précisé, mais les estimations initiales faites lors du premier lancement en 2011 faisaient état d’un investissement de plus de 280 millions USD, financé en partie par un accord de crédit avec l’Exim Bank of India.
Le gouverneur intérimaire du Kasaï central, Joachim Kalonji, a salué cette reprise comme une étape structurante pour relancer l’activité économique régionale. Il a insisté sur l’impact direct attendu dans l’industrialisation locale, notamment dans les domaines de la transformation agroalimentaire, de la construction, de la santé et de l’éducation. Une production d’énergie stable et suffisante est une condition préalable à l’émergence d’un tissu productif régional, aujourd’hui quasi inexistant.
En toile de fond, ce redémarrage s’inscrit dans un contexte plus large de restructuration des investissements publics en matière d’énergie. Le gouvernement congolais a fait de la relance des grands barrages et des centrales régionales une priorité pour tenter d’inverser la tendance actuelle. En 2024, le taux d’accès à l’électricité en RDC reste l’un des plus bas d’Afrique subsaharienne, autour de 19 % selon la Banque mondiale, avec des écarts extrêmes entre Kinshasa et les zones rurales, où ce taux chute à moins de 5 %.
La reprise de Katende intervient également dans un climat politique favorable, après plusieurs années de blocage institutionnel, notamment sur les modalités de financement et les litiges techniques liés à la résiliation du contrat initial avec l’entreprise indienne Angelique International. Le transfert du projet à un nouveau prestataire congolais pourrait permettre une meilleure gestion des délais, mais impose aussi un suivi rigoureux des capacités d’exécution locales.
Reste la question du calendrier. Si la production peut théoriquement démarrer en 2026, la mise en service complète du réseau ne devrait pas intervenir avant 2028, voire plus tard si des retards s’accumulent. Ce décalage entre la livraison technique et l’utilisation réelle de l’énergie est un problème récurrent dans les projets du secteur, et exige des garde-fous budgétaires et administratifs.
Dans un pays où près de 40 % du budget annuel est absorbé par les dépenses courantes et la dette, les investissements dans les infrastructures énergétiques doivent impérativement s’accompagner de mécanismes transparents de contrôle et d’audit. L’expérience d’Inga III, et les centaines de millions engloutis dans des études et des consultations sans livraison concrète, a laissé des traces dans la mémoire budgétaire.
Avec Katende, le gouvernement tient peut-être enfin un projet à forte valeur ajoutée capable de relancer une partie du centre du pays sur des bases productives. Mais le succès de l’opération reposera sur un enchaînement sans faille des étapes techniques et un suivi financier à la hauteur des ambitions affichées.
— Peter MOYI

