Les quotas d’exportation imposés par la RDC modifient déjà l’arbitrage industriel de Glencore entre cuivre et cobalt. Au premier semestre 2026, KCC et Mutanda ont produit 8 700 tonnes de cobalt, en baisse de 51 %, tandis que leur production de cuivre a bondi de 66 % à 138 400 tonnes. Le groupe affirme privilégier le cuivre et conserver davantage de cobalt en solution.
Le rapport de production semestriel publié par Glencore le 29 juillet apporte une mesure concrète de l’effet du régime congolais de quotas sur les opérations minières. Dans la division African Copper, qui regroupe les activités de Kamoto Copper Company et Mutanda Mining en RDC, le groupe a extrait et traité 138 400 tonnes de cuivre au premier semestre, soit 55 000 tonnes de plus qu’un an auparavant. Dans le même temps, la production déclarée de cobalt a reculé de 17 700 à 8 700 tonnes.
La baisse ne signifie pas nécessairement que la quantité de cobalt présente dans le minerai extrait s’est effondrée dans les mêmes proportions. Glencore explique qu’en raison des quotas disponibles, ses opérations donnent désormais la priorité au cuivre. Une quantité croissante de cobalt contenu dans les minerais mixtes reste en solution, au lieu d’être immédiatement transformée, séchée et comptabilisée comme cobalt commercialisable sous forme d’hydroxydes. Ce matériau pourra être traité et vendu ultérieurement, selon l’évolution de la réglementation des exportations.
KCC et Mutanda disposent de 18 800 tonnes de quotas pour 2026
Cette adaptation découle directement du système mis en place par Kinshasa après les restrictions appliquées au cobalt en 2025. Pour 2026, le dispositif prévoit 87 000 tonnes de quotas ordinaires d’exportation, auxquelles s’ajoute une réserve stratégique de 9 600 tonnes, soit une capacité totale pouvant atteindre 96 600 tonnes. Glencore s’est vu attribuer 18 800 tonnes pour l’année, dont 13 300 tonnes pour KCC et 5 500 tonnes pour Mutanda. La même allocation est prévue en 2027.
Le groupe avait déjà indiqué qu’il détenait suffisamment de stocks de cobalt en RDC pour utiliser ses quotas disponibles. Cette situation réduit l’intérêt économique de transformer immédiatement tout le cobalt contenu dans le minerai nouvellement traité. Glencore avait ainsi annoncé qu’il continuerait, lorsque cela est pertinent, à privilégier le cuivre et à stocker en RDC les volumes de cobalt excédant les possibilités d’exportation.
Au niveau de l’ensemble du groupe, la production propre de cobalt est tombée à 10 200 tonnes au premier semestre 2026, contre 18 900 tonnes un an auparavant, soit une diminution de 46 %. Les activités congolaises représentent environ 85 % de ce volume, selon un calcul de Lepoint.cd. Glencore attribue principalement cette contraction mondiale au régime de quotas appliqué par le Gouvernement congolais. L’effet inverse est visible sur le cuivre. La production propre de Glencore a progressé de 15 % à 397 000 tonnes, et l’amélioration enregistrée dans les opérations africaines a apporté à elle seule 55 000 tonnes supplémentaires. KCC et Mutanda représentent ainsi près de 35 % du cuivre produit par Glencore au premier semestre, selon un calcul de Lepoint.cd.
La politique congolaise agit désormais sur les décisions de production
Le résultat est important pour évaluer la portée de la politique congolaise. Le quota ne contrôle plus uniquement la quantité pouvant sortir du territoire. Il influence désormais le moment auquel un producteur transforme son cobalt en produit commercialisable, la gestion de ses stocks et l’allocation de ses capacités industrielles entre cuivre et cobalt.
Cette restriction de l’offre intervient parallèlement à une remontée prononcée des prix. Dans son rapport, Glencore indique que le prix moyen du cobalt standard évalué par Fastmarkets à Rotterdam s’est établi à 26 USD la livre au premier semestre 2026, contre 13 USD sur la même période de 2025, soit un doublement. Cette évolution ne peut pas être attribuée aux seuls quotas congolais, mais Reuters relevait dès avril que les restrictions mises en place par la RDC avaient fortement resserré l’offre mondiale.
La prochaine donnée à surveiller sera donc moins la seule production physique des mines que l’écart entre le cobalt contenu dans les minerais traités, les hydroxydes effectivement produits, les stocks accumulés sur le territoire et les volumes autorisés à l’exportation. Chez Glencore, le premier semestre 2026 montre déjà que le système congolais modifie l’organisation industrielle de KCC et Mutanda bien avant la sortie du cobalt aux frontières.
— J. KAKESA









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