Le 11 juillet, à Bunia, le gouverneur de l’Ituri a lancé un programme de coopération transfrontalière entre la RDC et l’Ouganda, doté de 25 millions de dollars, financé par l’Union européenne sur trois ans. Ce dispositif vise à améliorer la sécurité et à dynamiser les échanges commerciaux entre les territoires congolais frontaliers — Djugu, Aru, Mahagi et Irumu — et leurs homologues ougandais.
L’objectif principal repose sur la facilitation des flux transfrontaliers de biens et de personnes, enjeu majeur dans une région où les infrastructures sont insuffisantes. La RDC, récemment intégrée à la Communauté de l’Afrique de l’Est, affiche un déficit notable dans ses postes frontaliers, notamment en logistique et équipements, ce qui freine le commerce régional. L’ONG Trade Mark, impliquée dans le projet, met l’accent sur le renforcement technique des services frontaliers, un levier essentiel pour fluidifier les échanges et garantir la conformité aux normes commerciales régionales.
Ce programme s’attaque également à un segment souvent marginalisé : le commerce informel, qui représente une large partie des échanges transfrontaliers mais échappe aux systèmes fiscaux nationaux. Formaliser ces échanges pourrait améliorer considérablement les recettes publiques. L’administrateur d’Aru, Richard Mambi, insiste sur la nécessité de regrouper les petits commerçants en structures organisées afin qu’ils puissent traverser légalement les frontières, accédant ainsi à des exonérations ou réductions fiscales. Cette mesure vise à réduire la fraude et à renforcer les rentrées fiscales, une donnée cruciale dans un contexte où le Trésor congolais dépend encore largement des recettes douanières.
Un comité de pilotage, mis en place pour superviser la gestion des fonds, doit garantir la transparence et l’efficacité de ce programme. Le député provincial Pascal Kavarios souligne l’importance d’une gouvernance rigoureuse pour éviter les détournements et s’assurer que les bénéfices atteignent les populations locales.
Sur le plan macroéconomique, ce projet s’inscrit dans une logique de renforcement des infrastructures et de facilitation du commerce régional, facteurs susceptibles d’accroître la croissance économique dans ces régions. Selon les données de la Banque mondiale, chaque amélioration de 10 % dans l’efficacité des procédures frontalières peut augmenter le PIB local de près d’un point, en favorisant l’intégration économique et la création d’emplois. Pour la RDC, où le secteur informel pèse près de 40 % du PIB, la structuration de ce commerce est un levier déterminant pour la consolidation des finances publiques.
Au-delà de l’aspect économique, ce programme contribue à la stabilisation sécuritaire d’une région longtemps affectée par des tensions et des flux migratoires non contrôlés. Les investissements dans les infrastructures frontalières et le renforcement des capacités des agents doivent améliorer la coopération bilatérale et limiter les risques liés aux trafics illicites.
— Peter MOYI


