La RDC exporte déjà l’essentiel de son cuivre sous une forme raffinée. Au premier trimestre 2026, 696 725 tonnes de cathodes ont quitté le pays, contre 53 926 tonnes de concentrés. Cette transformation locale réduit la portée immédiate des restrictions sur les concentrés, mais sa progression dépendra notamment des capacités industrielles et énergétiques disponibles.
Deuxième producteur mondial de cuivre, la République démocratique du Congo occupe une place de plus en plus visible dans la formation des anticipations sur le marché international. Au premier trimestre 2026, le pays a exporté au total 823 887 tonnes de cuivre, en hausse de 4,8 % sur un an, selon les données officielles rapportées par Reuters. Dans ce volume figurent notamment 696 725 tonnes de cathodes de cuivre et 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal.
Ces chiffres permettent de nuancer la réaction provoquée début août par l’interdiction congolaise d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt. Le 6 août, après l’annonce de cette mesure, le cuivre à trois mois sur le London Metal Exchange a gagné jusqu’à 1,8 % pour atteindre 14 369,50 USD la tonne, son niveau le plus élevé depuis le 29 janvier. Le prix au comptant avait simultanément atteint 14 453,60 USD. Pourtant, l’exposition réelle du marché aux concentrés congolais reste nettement inférieure à ce que pouvait suggérer la réaction boursière.
Le cuivre raffiné domine déjà les exportations congolaises
Une comparaison directe entre 696 725 tonnes de cathodes et 53 926 tonnes de concentrés montre que les cathodes représentent environ 92,8 % du tonnage cumulé de ces deux catégories, selon un calcul de Lepoint.cd. Cette lecture doit cependant être maniée avec précaution puisque le concentré n’est pas constitué intégralement de cuivre. Les 53 926 tonnes exportées ne contenaient que 18 863 tonnes de cuivre métal. En comparant le contenu métallique des deux flux, les cathodes représentent environ 97,4 % du cuivre contenu dans ces deux catégories.
Ce ratio ne signifie toutefois pas que 97,4 % de toutes les exportations congolaises de cuivre étaient constituées de cathodes. Les statistiques globales font état de 823 887 tonnes exportées au premier trimestre, ce qui implique l’existence d’autres catégories ou présentations commerciales dans les flux enregistrés. L’indicateur le plus robuste reste donc le constat selon lequel la RDC exporte déjà principalement du cuivre raffiné. Reuters rapporte par ailleurs qu’en 2025 la production de cuivre raffiné sur les sites congolais représentait environ 82 % de la production totale, selon les analystes de StoneX.
Cette évolution réduit l’effet immédiat d’une interdiction ciblant uniquement les concentrés. Goldman Sachs estime ainsi que la dernière mesure congolaise ne devrait pas modifier matériellement l’équilibre mondial du cuivre. Elle peut néanmoins affecter davantage certains producteurs encore dépendants de dérogations pour exporter leurs concentrés, notamment lorsque les capacités locales de fusion ne permettent pas d’absorber toute leur production.
La transformation locale produit également un effet économique mesurable sur les coûts. Kamoa-Kakula, qui a mis en service une fonderie d’une capacité nominale de 500 000 tonnes par an, indique que ses charges logistiques sont tombées à environ 0,24 USD par livre au deuxième trimestre 2026, soit près du tiers de leur niveau avant le démarrage de la fonderie. L’entreprise attribue cette diminution au remplacement d’une partie des exportations de concentrés contenant 35 % à 40 % de cuivre par des anodes d’une pureté de 99,7 %.
Londres manque de métal pendant que les flux se déplacent vers les États-Unis
La réaction du LME traduit aussi une tension qui dépasse largement la décision congolaise. Les stocks enregistrés sur la place londonienne sont passés de 401 000 tonnes début mai à 214 550 tonnes le 11 août. Au 14 août, ils étaient encore descendus à 204 975 tonnes, soit près de la moitié de leur niveau de mai. Une partie importante du cuivre disponible continue d’être attirée vers les États-Unis dans un contexte de politique commerciale incertaine et d’écarts de prix entre Londres et le marché américain.
Cette réduction des stocks disponibles explique pourquoi une information concernant les exportations de la RDC peut provoquer une réaction disproportionnée des prix. La tension est renforcée par la concurrence entre les fonderies pour sécuriser les concentrés. Reuters indique que les frais de traitement sont devenus négatifs sur certains segments, signe d’une forte compétition pour la matière première. Dans son rapport 2026 sur les minerais critiques, l’Agence internationale de l’énergie constate également que les conditions d’offre tendues ont contribué à une hausse d’environ un tiers des prix des métaux de base, dont le cuivre, entre janvier 2025 et avril 2026.
L’énergie reste parallèlement une condition essentielle à l’augmentation des capacités de transformation en RDC, mais elle n’explique pas toutes les contraintes actuelles. À Kamoa-Kakula, la fonderie fonctionne à environ 60 % de sa capacité nominale et Ivanhoe Mines précise que son passage au-delà de ce niveau est actuellement limité par la disponibilité du concentré à traiter, et non directement par l’électricité. La pleine capacité de 500 000 tonnes par an est visée pour 2028.
L’entreprise continue néanmoins d’investir dans son autonomie énergétique. Une installation solaire avec stockage doit fournir 60 MW de puissance continue d’ici la fin du troisième trimestre 2026, avec un objectif de 120 MW d’ici fin 2027. Ces investissements illustrent la relation entre transformation minière et disponibilité d’une énergie stable lorsque les volumes industriels augmentent.
Pour la RDC, la question dépasse donc la simple interdiction d’exporter des matières moins transformées. Le pays dispose déjà d’une base importante de production de cathodes et ajoute de nouvelles capacités de fusion. La prochaine mesure de la transformation locale sera la part supplémentaire de concentrés effectivement convertie sur le territoire, ainsi que la capacité du réseau électrique et des installations privées à accompagner cette augmentation sans déplacer les contraintes vers l’énergie ou les coûts de production.
— M. KOSI









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