Kamoa Copper SA est sous pression à Lubumbashi. Dix communautés rurales attendent depuis plusieurs mois leur relocalisation promise, restée lettre morte depuis l’annonce de septembre 2024. Le projet, initialement présenté comme une avancée sociale, a brutalement été suspendu, révélant des tensions financières autour du montant des indemnisations.
À Luilu et Lufupa, l’accès aux terres agricoles a été interdit pendant trois mois, laissant les familles sans ressources. Cette restriction, imposée en attendant la finalisation des compensations, a plongé des centaines de ménages dans une insécurité économique grandissante. Selon les informations recueillies sur place, le différend provient d’un décalage important entre les évaluations financières prévisionnelles de Kamoa Copper et les réalités constatées lors du recensement. Face à l’ampleur des coûts, l’entreprise aurait préféré suspendre les opérations plutôt que de rouvrir des négociations.
La situation a dégénéré le 21 avril 2025. Les communautés locales ont bloqué les accès au site minier, forçant l’arrêt temporaire de l’activité. L’intervention rapide des forces de l’ordre a viré à la confrontation : plusieurs blessés sont à déplorer, dont deux par balles, ainsi que des dégâts matériels et des arrestations. AFREWATCH, qui suit le dossier, dénonce une réponse jugée disproportionnée et alerte sur la montée des tensions.
Dans son dernier rapport, l’Observatoire Africain des Ressources Naturelles reproche à Kamoa Copper de n’avoir pas respecté les principes de participation, de transparence et d’information imposés par le Code minier congolais. L’organisation souligne qu’une meilleure communication aurait permis d’éviter l’enlisement actuel.
Le plan de délocalisation concerne près de 1 000 ménages répartis sur dix localités, parmi lesquelles Mwilu, Musoka, Muzeya et Sapalo. L’ampleur du déplacement humain nécessitait une planification rigoureuse, notamment pour limiter les effets sur l’économie agricole locale. Selon des données internes consultées par Lepoint.cd, la majorité des familles vivaient de cultures vivrières, désormais compromises.
Face à cette impasse, AFREWATCH presse l’entreprise de reprendre immédiatement les discussions et de revoir son approche, sous peine d’aggraver une fracture sociale déjà profonde. La province du Haut-Katanga, pilier économique de la RDC, reste un territoire où l’équilibre entre activités minières et subsistance agricole demeure fragile. Une gestion hasardeuse de la relocalisation pourrait envenimer durablement la coexistence entre industriels et communautés villageoises.
— M. KOSI


