La Banque Centrale du Congo amorce un changement progressif de sa politique monétaire après deux années marquées par des taux élevés et un contrôle strict de la liquidité. Depuis l’arrivée d’André Wameso Nkualoloki à la tête de la BCC, le 23 juillet 2025, l’institution a commencé à réduire graduellement ses principaux taux afin de soutenir l’activité économique, tout en maintenant une forte vigilance sur l’inflation et le marché des changes.
Entre octobre 2025 et avril 2026, le taux directeur est ainsi passé de 25 % à 13,5 %. Dans le même temps, la facilité marginale de prêt, utilisée par les banques commerciales pour se refinancer auprès de la Banque centrale, a été ramenée de 30 % à 17,5 %. Cette évolution marque un tournant après une longue période de politique monétaire restrictive destinée à freiner la hausse des prix et à stabiliser le franc congolais.
Avant ce changement, la BCC avait fortement durci sa politique monétaire face aux tensions inflationnistes et aux pressions sur le taux de change. Le taux directeur avait été maintenu à 25 % entre 2023 et 2024 et les réserves obligatoires sur les dépôts à vue en francs congolais avaient été relevées de 10 % à 12 %. Ces mesures visaient à limiter la quantité de monnaie en circulation dans l’économie afin de ralentir l’inflation et réduire les pressions sur le marché des devises.
Cette stratégie a produit des résultats visibles sur plusieurs indicateurs macroéconomiques. Selon les données citées dans le document analysé, l’inflation annuelle est tombée autour de 2,2 % à fin mars 2026, contre plus de 10 % auparavant. Le Fonds monétaire international indique aussi que le taux de change est resté relativement stable depuis la fin de l’année 2025, tandis que les réserves internationales de la RDC ont atteint environ 8,8 milliards USD à fin mars 2026.
La baisse actuelle des taux ne signifie pourtant pas que la Banque centrale ouvre largement les vannes du crédit. La BCC cherche plutôt à normaliser progressivement sa politique après la phase de crise inflationniste. Même ramené à 13,5 %, le taux directeur reste supérieur au niveau de l’inflation, ce qui permet à la Banque centrale de garder une politique monétaire encore restrictive en termes réels. L’objectif est de soutenir l’économie sans provoquer une nouvelle hausse rapide des prix.
Pour maintenir cet équilibre, la Banque centrale continue d’utiliser plusieurs instruments de contrôle, notamment les Bons BCC, les réserves obligatoires, le contrôle du refinancement bancaire et les interventions sur le marché des changes. La logique actuelle repose donc sur un assouplissement progressif des taux, accompagné d’un encadrement strict de la liquidité bancaire.
Le chantier le plus important de cette nouvelle phase concerne aussi la dédollarisation de l’économie congolaise. André Wameso met désormais l’accent sur le renforcement du rôle du franc congolais, le développement des paiements digitaux et la réduction progressive de l’utilisation du cash en dollars dans les transactions. Cette orientation s’est traduite par l’introduction d’une maturité de six mois pour les Bons BCC afin d’améliorer la gestion de la liquidité, mais aussi par la décision annoncée de réserver à partir du 9 avril 2027 l’importation physique des devises à la seule Banque centrale.
À travers cette stratégie, la BCC veut réduire la circulation informelle des devises et renforcer la bancarisation de l’économie. Mais cette transition reste sensible dans un pays où le dollar occupe encore une place importante dans les échanges commerciaux et dans l’épargne des ménages. Une dédollarisation trop rapide pourrait perturber certaines activités économiques et pousser davantage de transactions vers les circuits informels.
La politique monétaire actuelle de la RDC apparaît ainsi comme une phase de transition entre stabilité et relance prudente. La Banque centrale tente de réduire progressivement le coût du crédit afin de soutenir l’activité économique, tout en gardant le contrôle sur l’inflation, la liquidité et le marché des changes dans un environnement économique encore fragile.
— Peter MOYI


