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Gouvernement Suminwa 2 : croissance de plus de 5,5 %, inflation à 2,5 %, mais le pouvoir d’achat reste sous pression après 9 mois

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Neuf mois après sa mise en place officielle le 8 août 2025, le gouvernement dirigé par Judith Suminwa présente un bilan contrasté. Les principaux indicateurs macroéconomiques montrent une amélioration par rapport à 2024, avec une inflation mieux maîtrisée, une stabilité relative du franc congolais et des réserves de change en hausse. Mais cette stabilité reste encore peu visible dans le quotidien d’une grande partie de la population, confrontée à des prix élevés sur les produits alimentaires, le transport et plusieurs biens essentiels.

Le programme du gouvernement Suminwa 2 repose sur un volume estimé à 92,9 milliards USD sur cinq ans, soit près de 18,47 milliards USD d’investissements par an. L’exécutif s’est fixé plusieurs objectifs : diversifier l’économie congolaise, renforcer les recettes publiques, développer les infrastructures et réduire progressivement la dépendance au secteur minier. Le programme « Compact Résilience » devait aussi soutenir la sécurité alimentaire, améliorer la production agricole locale et accélérer le désenclavement des territoires ruraux.

Une stabilité économique mieux maîtrisée qu’en 2024

Sur le plan macroéconomique, les résultats apparaissent relativement favorables. Selon le Fonds monétaire international, la croissance du PIB réel de la RDC devrait rester au-dessus de 5,5 % en 2025 et 2026. Cette progression est portée principalement par les services, les bâtiments et travaux publics ainsi que l’agriculture. L’inflation annuelle est restée autour de 2,5 % depuis fin 2025, tandis que les réserves internationales ont atteint 8,8 milliards USD à fin mars 2026. Le franc congolais a également conservé une stabilité relative face au dollar américain, un élément régulièrement mis en avant par les autorités monétaires.

Mais derrière ces indicateurs, plusieurs fragilités persistent. Le gouvernement prépare déjà une loi de finances rectificative pour 2026 après avoir ramené le budget à 54 335,8 milliards CDF. Le FMI a aussi signalé que le déficit budgétaire intérieur à fin décembre 2025 avait dépassé les prévisions d’environ 0,6 point de PIB, malgré une progression des recettes publiques. Cette situation montre que la stabilité actuelle reste sous pression, notamment à cause des dépenses sécuritaires, des urgences budgétaires et des besoins importants de financement public dans un contexte régional tendu.

Le gouvernement avait également promis une croissance plus créatrice d’emplois, avec un soutien renforcé à l’agriculture, aux PME, aux infrastructures et à la transformation locale des ressources minières. Mais plusieurs analystes estiment que cette transformation reste encore lente et que les effets de la croissance demeurent insuffisamment répartis dans l’économie réelle.

Les infrastructures constituent l’un des principaux chantiers du gouvernement. Le Programme de développement local des 145 territoires, connu sous le nom de PDL-145T, reste le projet le plus visible. Selon les chiffres communiqués au 31 décembre 2025, le programme avait permis la construction de 316 centres de santé, 553 écoles primaires et 68 bâtiments administratifs. Les autorités reconnaissent toutefois plusieurs retards d’exécution liés aux contraintes logistiques, aux difficultés contractuelles et aux lenteurs administratives. Début 2026, Judith Suminwa avait demandé un assainissement des contrats défaillants afin d’accélérer les travaux prioritaires.

À Kinshasa, les travaux des rocades sud-est et sud-ouest, couvrant environ 73 kilomètres, avancent progressivement. Les autorités espèrent une livraison autour de septembre 2027, même si les questions d’indemnisation et d’expropriation continuent de ralentir certaines opérations.

Pour plusieurs économistes, le principal test du gouvernement Suminwa ne sera pas uniquement la stabilité des grands indicateurs macroéconomiques, mais sa capacité à transformer cette stabilité en amélioration concrète des conditions de vie. La création d’emplois, la baisse des coûts de transport, l’accès aux infrastructures de base et l’amélioration du pouvoir d’achat restent les attentes les plus importantes d’une population qui peine encore à ressentir les effets de la croissance économique.

— Peter MOYI

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