Le ministère congolais de l’Économie nationale tente de combler un déséquilibre structurel qui entrave encore la performance de l’administration publique : l’absence d’une réelle culture de gestion inclusive. Le 17 juin 2025, à Kinshasa, un atelier de renforcement des capacités dédié aux droits des femmes dans le milieu professionnel a été lancé, soutenu financièrement par le Vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba. L’événement, organisé par la Cellule sectorielle Genre, s’adresse aux agents de toutes les directions du ministère, avec une cible claire : faire du respect des droits économiques des femmes un levier d’efficacité institutionnelle.
En s’appuyant sur les dispositions de la Charte africaine des droits de la femme en Afrique, l’atelier vise à fournir aux gestionnaires et administrateurs les outils nécessaires pour intégrer ces normes dans les procédures internes. Dans un pays où plus de 40 % des agents de la fonction publique sont des femmes, mais où à peine 23 % accèdent aux fonctions de direction selon les données du PNUD 2024, cette initiative se veut un correctif à une inertie qui pénalise la performance globale du secteur public.

Le Secrétaire général à l’Économie nationale, Célestin Twite Yamwembo, a insisté sur l’aspect opérationnel de la démarche. Il ne s’agit plus de produire des discours déclaratifs sur l’égalité mais de faire évoluer les pratiques, depuis les recrutements jusqu’aux évaluations, en passant par la mobilité interne et l’accès à la formation continue. Il a salué l’engagement budgétaire consenti par le ministre, soulignant que les fonds débloqués ne relèvent pas d’un financement externe, mais d’une réallocation interne des crédits du ministère.
L’approche retenue est transversale : les formations intègrent à la fois des éléments juridiques – Charte africaine, instruments de l’Union africaine, cadre national de protection – et des exercices pratiques. Elles sont également conçues pour être réplicables dans d’autres entités publiques. Si les résultats ne peuvent encore être mesurés, les premiers retours des participants évoquent une prise de conscience utile, notamment parmi les gestionnaires de ressources humaines, souvent peu formés à la problématique.
Cette mobilisation intervient dans un contexte où les exigences d’efficacité de la dépense publique deviennent pressantes. En intégrant l’équité dans les mécanismes de gestion, le ministère espère limiter les gaspillages humains et budgétaires générés par une sous-utilisation des compétences féminines. Dans un cadre macroéconomique marqué par une forte pression sur les finances publiques – les dépenses courantes représentant près de 69 % du budget exécuté en 2024, selon les derniers chiffres de la BCC – chaque levier d’optimisation interne compte.
La démarche, bien que circonscrite au périmètre d’un seul ministère, ouvre la voie à une réforme administrative plus large. Elle s’inscrit dans une logique de performance structurelle, là où les initiatives genre ont longtemps été marginalisées dans les politiques publiques. Le pari du ministère est clair : une administration plus inclusive n’est pas un luxe moral, mais une exigence d’efficacité économique.
— Peter MOYI


