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Frais bancaires injustifiés, services défaillants : le gouvernement congolais convoque les régulateurs

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Les Congolais en ont assez des frais bancaires tombés du ciel et des coupures d’électricité impromptues. Lassés d’être la variable d’ajustement d’un secteur financier en pleine transformation et de services publics défaillants, ils réclament désormais des comptes. C’est pour répondre à ce mécontentement que le ministre congolais de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a invité jeudi 24 juillet 2025 les autorités de régulation et les associations de défense des consommateurs. L’enjeu : coordonner leurs actions, populariser les systèmes de recours et présenter une application mobile maison pour traiter les réclamations.

Un ras‑le‑bol qui se lit dans les chiffres

Le contexte n’a rien d’anecdotique. Depuis fin 2024, la banque EquityBCDC, héritière de la fusion entre Equity Bank Congo et la BCDC, est accusée de prélever des frais bancaires sans avertissement. Les révélations du Mouvement national des consommateurs lésés décrivaient des retenues injustifiées sur les comptes d’épargnants et un service client incapable de répondre. La banque n’a pas vraiment démenti et l’affaire a réveillé de vieux démons : en 2023, les clients se souvenaient de la disparition temporaire de 11 millions de dollars des fonds de transit et d’un réseau interne de fraude à Mbuji‑Mayi. Plus récemment, sa maison‑mère kenyane a licencié 1 200 employés impliqués dans une fraude de 15,4 millions USD. Chez certains, la confiance s’effrite.

La défiance ne touche pas que la finance. L’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) a recensé sept plaintes formelles dans le Pool Est en 2024 : deux concernaient des litiges entre opérateurs et cinq opposaient directement des consommateurs à des fournisseurs. Quatre dossiers ont abouti à des décisions ou à des poursuites, portant sur des coupures intempestives, des lignes mal entretenues, des violations de périmètres de distribution ou même un incendie d’immeuble causé par une ligne moyenne tension. Ces litiges démontrent que les dysfonctionnements touchent des secteurs essentiels et que les consommateurs n’ont souvent d’autre choix que de s’en remettre à des structures encore balbutiantes.

Cette accumulation de problèmes intervient dans un pays où la fragilité économique aggrave les choses. Le groupe de la Banque mondiale rappelle que 73,5 % des Congolais vivent avec moins de 2,15 dollars par jour en 2024. Autant dire que des frais bancaires fantômes ou un abonnement téléphonique surtaxé représentent un vrai sacrifice. Parallèlement, l’économie congolaise, tirée par les mines, a ralenti : elle a progressé de 6,5 % en 2024 après 8,6 % en 2023 et devrait encore décélérer en 2025. Les hausses de prix et la dépréciation du franc congolais accentuent la pression sur les ménages.

Écoute des consommateurs et modernisation des recours

Dans ce climat tendu, la réunion convoquée par Daniel Mukoko Samba se voulait une réponse politique. Le ministre a demandé aux régulateurs et aux associations d’unir leurs forces pour « populariser les systèmes de gestion d’alerte et des revendications », estimant que les Congolais doivent pouvoir faire valoir leurs droits sans courir les administrations. Il a profité de la rencontre pour présenter une application que développe son ministère afin de centraliser les plaintes et d’en suivre le traitement. Ce projet est encore en phase de test, mais les autorités espèrent qu’il permettra de contourner la lourdeur des procédures et de renforcer la transparence.

Jeff Tshipamba, président de l’Union des consommateurs du Congo (UDECOM), ne cache pas sa satisfaction de voir le sujet enfin pris au sérieux. Son association s’était illustrée dès 2020 en dénonçant une nouvelle taxe sur la certification des téléphones mobiles, soulignant qu’un smartphone d’entrée de gamme payé 45 dollars verrait son coût grimper à 66 dollars en trois ans. La répercussion de cette redevance sur les consommateurs les plus modestes était flagrante. Pour lui, l’initiative du ministère est bienvenue, mais elle ne peut être efficace que si les banques, les opérateurs de téléphonie et les fournisseurs d’énergie jouent le jeu et si les régulateurs disposent des moyens d’instruire rapidement les dossiers.

Penser au-delà de la plainte : une question de confiance

Au‑delà de l’outil technologique, l’enjeu est celui de la confiance. Les réseaux sociaux sont devenus la tribune des clients en colère, certains dénonçant un « vol organisé » dans le secteur bancaire. D’autres racontent leur exaspération face aux coupures de courant non annoncées. Au marché de Matete, dans la banlieue de Kinshasa, une vendeuse de légumes confiait récemment ne plus déposer ses économies à la banque : « On m’a prélevé des frais sans m’avertir, je préfère garder mon argent à la maison », glisse‑t‑elle en glissant ses billets dans un sac en plastique. Ces témoignages montrent que la fracture ne se résorbera pas avec une application, mais avec des actes.

Le gouvernement avance sur plusieurs fronts. D’une part, la Banque centrale du Congo affirme vouloir renforcer la surveillance des banques et n’exclut pas des audits externes. D’autre part, l’ARE a promis d’élargir son dispositif de contrôle et d’appliquer des pénalités aux opérateurs qui multiplient les coupures sans motif. Enfin, les associations de consommateurs réclament une véritable éducation financière et énergétique pour que chaque citoyen sache quels sont ses droits et comment les défendre.

Dans un pays où près des trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté, redonner de la confiance aux usagers des banques et des services publics est un impératif. Il ne s’agit plus seulement de régler des dossiers au cas par cas, mais de garantir que les règles s’appliquent à tous. Le ministère de l’Économie parviendra‑t‑il à transformer l’essai ? La nouvelle application, les régulateurs et les associations auront vite un verdict : celui des consommateurs eux‑mêmes.

— M. MASAMUNA

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