À Kinshasa, le vice-Premier ministre chargé de l’Économie a reçu, jeudi, une délégation d’une ONG internationale qui travaille sur plusieurs continents pour améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap. Leur message est clair : la mise en œuvre de la stratégie nationale congolaise ne se fera pas sans soutien extérieur. D’où vient cet intérêt soudain ?
Avant de détailler la visite, un rappel s’impose. En 2019, des experts estimaient qu’environ 13 millions de Congolais vivaient avec un handicap, soit près d’un cinquième de la population. Les causes sont multiples : séquelles de maladies telles que la polio, blessures de guerre, malformations congénitales, complications à la naissance. Dans ce contexte, le gouvernement a adopté en 2022 une loi organique, la n° 22/003, qui pose un cadre de protection et de promotion de leurs droits. La création, la même année, d’un secrétariat général au sein du ministère nouvellement dédié à ces questions atteste d’une volonté d’agir.
Un entretien à forte charge symbolique
La rencontre de jeudi s’est déroulée dans un bureau où les mots pesaient lourd. Le ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a évoqué la récente création du ministère des Personnes vivant avec handicap. « Nous sommes passés du discours aux actes », a‑t‑il insisté, ajoutant que cette démarche montre l’engagement du chef de l’État à aller au‑delà des programmes d’égalité entre hommes et femmes. Il a martelé que l’inclusion sociale des personnes handicapées doit devenir une réalité économique : accès au crédit, formation professionnelle et participation au marché du travail.

Le chef de la délégation, Mbacke Niang, un des dirigeants de CBM International – organisation connue à l’origine sous le nom de « Christian Blind Mission » – a salué cet élan. Selon lui, la stratégie congolaise représente une avancée que son organisme compte s’approprier. « Nous ne sommes pas là pour donner des leçons, mais pour nous aligner sur un cadre que vous avez défini », a‑t‑il expliqué. CBM, active depuis les années 1980, mène des programmes de santé et d’éducation dans plus de 30 pays et a contribué à la mise en place de centres orthopédiques en Afrique de l’Ouest. Leur soutien financier et technique pourrait accélérer la formation des personnels de santé et la construction d’infrastructures accessibles.
L’entretien n’a pas débouché sur un accord chiffré, mais des sources proches des discussions parlent d’une aide pluriannuelle et d’un partage d’expertise. Selon des analystes, cette démarche intervient à un moment où la RDC multiplie les partenariats pour financer sa stratégie d’inclusion. La loi de 2022 prévoit des mécanismes de suivi et de contrôle pour garantir l’accès à l’éducation, à l’emploi et aux soins. Mais sans financement, ces dispositions restent sur le papier.
Une affaire d’économie, pas seulement de compassion
La présence du ministre de l’Économie à un échange consacré au handicap n’est pas anodine. Le coût de l’exclusion est élevé : main‑d’œuvre inemployée, dépendance à l’aide et perte de productivité. Une étude de la Banque mondiale souligne que les pays d’Afrique subsaharienne perdent entre 1 et 7 % de leur PIB en ne rendant pas leurs politiques publiques inclusives. La RDC, qui table sur une croissance autour de 6 % en 2025, ne peut pas se permettre de laisser 18 % de sa population en marge.
La ministre déléguée en charge des Personnes vivant avec handicap, Irène Esambo, était également présente. Ancienne militante associative, elle a été la première à diriger ce portefeuille lors de la création du ministère en 2019. Son parcours rappelle l’importance du relais entre société civile et gouvernement pour défendre les droits des plus vulnérables. À l’issue de la rencontre, elle a réaffirmé sa volonté de faire avancer les textes d’application de la loi organique et d’impliquer les associations dans le suivi.
Dans les couloirs, un homme en fauteuil roulant confiait qu’il espère « que cette fois, ce ne sont pas que des mots ». C’est probablement la question que beaucoup se posent : la promesse d’un soutien international se traduira‑t‑elle par des programmes concrets au cœur des provinces, où vivent la plupart des personnes concernées ? Derrière les communiqués, l’enjeu est de savoir si l’économie congolaise saura intégrer ces citoyens et reconnaître leur valeur.
— M. MASAMUNA

