Le 12 janvier 2026 à Kinshasa, la Gécamines annonce avoir exercé un droit d’achat sur 100 000 tonnes de cuivre issues de la production 2026 de Tenke Fungurume Mining (TFM). Ces volumes seront écoulés sur le marché américain tout au long de l’année 2026, dans le cadre d’une opération présentée comme une mise en œuvre des accords récents entre la RDC et les États-Unis.
La société publique affirme qu’il s’agit de sa première opération d’achat direct sur les volumes qui lui sont réservés dans un partenariat minier, et que cette quantité représente 20 % de la production de TFM, à un niveau correspondant à sa participation au capital.
La Gécamines explique que cette décision fait suite à une consultation de marché réalisée fin 2025. Concrètement, elle ne se limite pas à percevoir une part des revenus ou des droits liés au partenariat : elle se positionne aussi comme acheteur d’une partie de la production, avant de la revendre à des clients finaux. C’est ce mécanisme que la société met en avant pour renforcer la place de la RDC dans le commerce mondial des matières premières.
Guy-Robert Lukama, président du Conseil d’administration de Gécamines SA, présente cette opération comme la continuité d’un dispositif d’offre compétitive mis en place depuis 2023 et déjà exécuté « avec succès », selon ses mots. Placide Nkala Basadilua, directeur général de Gécamines SA, dit y voir l’aboutissement d’un travail engagé depuis plus d’un an pour renforcer la position de la RDC sur le marché des matières premières et soutenir la volonté de l’État d’affirmer sa souveraineté sur les ressources du sous-sol.
Ce que cette opération change pour les recettes publiques et la place de la RDC dans la chaîne de valeur
Derrière l’annonce, l’enjeu est d’abord économique. La Gécamines rappelle qu’à partir de la fin des années 1990, la commercialisation des métaux produits en RDC a été largement assurée par des acteurs étrangers. Pour une économie minière, cela signifie souvent que la valeur ne se limite pas à l’extraction : une partie se joue dans la vente, la logistique, le financement et les contrats. Quand ces étapes sont contrôlées par d’autres, l’État et les entreprises locales peuvent avoir moins de marge sur le prix final et moins de visibilité sur les flux.
La Gécamines met donc en avant l’idée d’un retour dans la chaîne de valeur. Cette expression désigne toutes les étapes qui transforment un métal extrait en un produit vendu et payé, avec des flux physiques (le cuivre livré) et des flux financiers (le paiement, les garanties, les contrats). En cherchant à vendre directement une part de la production issue de ses partenariats, l’entreprise publique veut être davantage présente à ce niveau.
Dans son communiqué, la Gécamines souligne aussi un point très concret pour l’État : la base taxable. C’est la valeur sur laquelle l’administration calcule certains impôts et taxes. Si le produit est mieux valorisé au moment de la commercialisation, la valeur déclarée peut augmenter, et donc les recettes fiscales liées à ces opérations. La société indique que ses consultations de marché ont déjà permis une meilleure valorisation des produits, une hausse de la base taxable et une diversification des acheteurs, ce qui réduit la dépendance à un petit nombre de clients.
L’opération de 100 000 tonnes sert aussi de signal sur la montée en puissance annoncée. À terme, la Gécamines dit viser des droits de vente pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt. Ces chiffres ne sont pas présentés comme un résultat déjà acquis, mais comme une ambition liée au développement de ses droits commerciaux dans ses partenariats.
Pour porter cette stratégie, la Gécamines met en avant une nouvelle étape : la création de Gécamines Trading, une filiale détenue à 100 % et orientée vers l’activité de négoce. Le communiqué explique le modèle visé : devenir d’abord acheteur d’une part de la production des partenariats, puis vendeur sur les marchés internationaux. L’objectif affiché est que la RDC puisse capter directement une partie des marges liées à cette activité, au lieu de les laisser à des intermédiaires.
Sur le plan opérationnel, la Gécamines annonce avoir retenu Mercuria comme partenaire stratégique. Le groupe, présenté comme l’un des acteurs mondiaux du négoce de matières premières, doit apporter un soutien financier, logistique et technique, avec l’idée d’assurer la crédibilité sur les marchés et d’accélérer la montée en puissance.
Dans une déclaration reprise par le communiqué, le président du Conseil d’administration de la Gécamines résume l’orientation : « un instrument de souveraineté, de transparence et de valorisation de nos richesses naturelles au bénéfice du peuple congolais ».
— Peter MOYI



