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Banques et mobile money en RDC : l’accès progresse, mais les frais pèsent encore sur les usagers

LePoint.cd
Dernière mise à jour : avril 27, 2026 5:50 am
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il y a 2 mois
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La RDC comptait 21,5 millions de comptes financiers en 2022, contre 1,1 million en 2009. Mais malgré cette progression, les frais bancaires et les coûts du mobile money restent difficiles à comprendre et parfois lourds pour les ménages, surtout lorsqu’ils effectuent de petites transactions.

La bancarisation avance en RDC, mais le coût des services financiers reste un frein pour une partie importante de la population. Banques, agents bancaires et opérateurs de mobile money ont rapproché les services financiers des ménages et des petites entreprises. Cette évolution a facilité les dépôts, les retraits, les paiements et les transferts. Mais elle n’a pas encore réglé une question centrale : combien coûte réellement l’utilisation de ces services pour un client ordinaire ?

Contents
La RDC comptait 21,5 millions de comptes financiers en 2022, contre 1,1 million en 2009. Mais malgré cette progression, les frais bancaires et les coûts du mobile money restent difficiles à comprendre et parfois lourds pour les ménages, surtout lorsqu’ils effectuent de petites transactions.Des frais élevés qui entretiennent le cash et limitent la confiance

Le secteur financier congolais est encadré par la Banque centrale du Congo. L’Instruction n° 40 de la BCC impose aux banques et aux autres institutions financières de publier leurs conditions tarifaires, de les afficher dans leurs agences, de les rendre disponibles sur leurs sites internet et de signaler toute modification à la Banque centrale. Le texte demande aussi une information claire, concise, rédigée en français simple et, si nécessaire, dans les langues nationales.

Dans les faits, cette obligation ne rend pas toujours les tarifs faciles à lire. Les frais sont souvent répartis entre plusieurs lignes : tenue de compte, retrait, virement, carte bancaire, alerte SMS, relevé, retrait dans une autre banque, opération en agence ou frais liés aux services numériques. Le client ne paie donc pas un seul service. Il supporte plusieurs petits coûts qui, une fois additionnés, peuvent rendre l’usage de la banque cher, surtout pour les personnes à faibles revenus.

Cette question touche directement l’inclusion financière. Selon la Stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2028, la RDC est passée de 1,1 million de comptes financiers en 2009 à 21,5 millions en 2022. Malgré cette hausse, le taux d’inclusion financière restait à 38,5 % en 2022, contre une moyenne de 55 % en Afrique subsaharienne. Le même document cite le coût des services, l’éloignement, les problèmes d’infrastructure, la faible éducation financière et la protection insuffisante des consommateurs parmi les obstacles à l’accès aux services financiers.

Le mobile money a accéléré cette progression. En 2022, les établissements de monnaie électronique comptaient 37,3 millions de clients enregistrés, dont 11,8 millions de clients actifs. La valeur des transactions avait atteint 20,4 milliards USD. Ces chiffres montrent que le mobile money est devenu un outil courant pour envoyer, recevoir et retirer de l’argent. Mais l’augmentation du nombre d’utilisateurs ne signifie pas que le service est devenu abordable pour tous.

Les frais de retrait restent élevés sur certaines petites tranches. Chez Orange Money, les frais peuvent atteindre 9 % pour les montants de 0,01 à 10 USD, puis 6,2 % pour les montants de 10,01 à 20 USD, avant de baisser selon les montants. Les tarifs publiés par M-Pesa montrent aussi des frais de retrait élevés sur certaines petites opérations, notamment 6,2 % pour les retraits de 10,01 à 20 USD. Pour un usager qui retire 5 ou 10 USD, le coût peut donc représenter une part importante du montant retiré.

Ce modèle pénalise les petites transactions. Plus le montant est faible, plus le coût relatif peut être lourd. Or, dans la vie quotidienne, beaucoup de paiements se font sur de petits montants : transport, alimentation, crédit téléphonique, dépenses scolaires ou transferts familiaux. Quand les frais prennent une part trop élevée de la transaction, l’utilisateur revient facilement au cash.

À ces frais officiels peuvent s’ajouter des frais informels dans certains points de vente. Des usagers signalent parfois des commissions exigées par des agents sur des opérations déjà facturées par l’opérateur ou censées être gratuites. Cette pratique crée un écart entre le tarif officiel et le coût réellement payé par le client. Elle affaiblit aussi la confiance dans les services financiers numériques.

Des frais élevés qui entretiennent le cash et limitent la confiance

Du côté des banques, les écarts tarifaires restent importants. Certaines institutions proposent des comptes d’épargne sans frais de tenue, tandis que d’autres appliquent des frais sur la tenue de compte, les cartes, les alertes SMS, les retraits, les documents ou les opérations en agence. Cette diversité n’est pas anormale dans une économie de marché. Chaque banque a son modèle, son réseau, ses coûts et sa clientèle. Le problème apparaît lorsque le client ne peut pas comparer facilement les offres.

Une banque peut sembler moins chère sur la tenue de compte, mais plus coûteuse sur les retraits ou les virements. Une autre peut offrir une application mobile plus pratique, mais avec des frais indirects plus élevés. Sans tableau public simple et standardisé, le consommateur choisit souvent selon la proximité, l’habitude, la recommandation de son employeur ou la facilité d’accès, plutôt que selon le coût total du service.

Cette situation a aussi une portée monétaire. Lorsque les services financiers sont jugés chers, peu fiables ou difficiles à comprendre, les ménages gardent leur argent en espèces. Les petites entreprises continuent de payer en cash. Les salaires peuvent entrer dans le système bancaire, puis ressortir rapidement sous forme de retraits. Cette pratique limite l’usage réel des comptes et réduit la profondeur du système financier.

La dollarisation renforce cette difficulté. La Stratégie nationale d’inclusion financière relève que plus de 90 % de l’activité bancaire en RDC se fait en dollars américains, avec 95 % des crédits et plus de 91 % des dépôts libellés en USD. Cette forte présence du dollar impose des coûts supplémentaires aux ménages et aux petites entreprises, notamment à travers les conversions, les écarts de change et la gestion de deux monnaies dans les transactions courantes.

Pour la Banque centrale, ce contexte complique la transmission de la politique monétaire. Quand l’économie fonctionne largement en cash et en dollars, les décisions sur le taux directeur ou la liquidité bancaire produisent moins d’effets sur le crédit, l’épargne et les paiements. Les frais bancaires et les coûts du mobile money deviennent donc plus qu’un sujet de confort pour le client. Ils influencent aussi la formalisation des paiements et la stabilité monétaire.

Le coût du crédit ajoute une autre contrainte. Selon la Stratégie nationale d’inclusion financière, les taux moyens du crédit bancaire en RDC tournent autour de 17 %, avec des niveaux pouvant atteindre 22 à 23 % sur le court terme. Le document cite aussi des estimations du FMI évoquant des taux moyens de 23 à 25 %, avec des cas plus élevés. À ces conditions, beaucoup de PME et de ménages restent exclus du financement productif.

Le paradoxe congolais est donc clair. Le pays compte plus de comptes, plus d’agents, plus de transactions numériques, mais l’usage reste freiné par le coût, la qualité du service et la compréhension des frais. L’inclusion financière ne doit pas seulement se mesurer au nombre de comptes ouverts. Elle doit aussi se lire dans l’usage réel : épargner, payer sans cash, emprunter à un coût supportable, recevoir un service fiable et comprendre les frais appliqués.

La solution ne consiste pas à supprimer toute tarification. Les banques, les opérateurs de mobile money et les agents supportent des coûts : réseau, liquidité, sécurité, technologie, conformité, personnel et risques opérationnels. Mais ces coûts doivent être mieux expliqués, plus visibles et plus proportionnés aux revenus des usagers. La Stratégie nationale d’inclusion financière prévoit déjà des pistes, dont l’interdiction des frais de tenue sur les comptes d’épargne et la réduction des frais de transfert en franc congolais.

La RDC gagnerait aussi à imposer un format unique de publication des tarifs. Chaque banque et chaque opérateur de mobile money pourrait présenter le coût total d’un panier simple : ouverture de compte, tenue mensuelle, retrait, virement, carte, paiement marchand, alerte SMS et clôture de compte. Ce même principe devrait s’appliquer aux agents, avec un affichage obligatoire des frais officiels et un mécanisme simple de plainte en cas de frais non autorisés.

La protection des petites transactions devrait devenir une priorité. Si envoyer ou retirer 5 USD coûte proportionnellement plus cher qu’une grande opération, l’inclusion financière devient inégale. Une tarification plus basse sur les petits montants, surtout en franc congolais, aiderait à réduire l’usage du cash et à renforcer la confiance dans les paiements numériques.

L’autre enjeu est l’interopérabilité. Quand les clients peuvent envoyer de l’argent facilement entre réseaux, banques et portefeuilles électroniques, la concurrence devient plus forte et les frais peuvent baisser. La BCC a déjà pris des textes sur l’interopérabilité des systèmes de paiement. L’enjeu se trouve maintenant dans l’application concrète : rapidité des opérations, disponibilité du service, coût raisonnable et protection du consommateur.

La qualité des services financiers en RDC se joue donc sur quatre points : des prix clairs, des opérations fiables, un service rapide et la possibilité pour le client de contester un frais injustifié. Tant que ces conditions resteront faibles, le secteur progressera en volume sans produire tous ses effets sur la bancarisation, l’épargne, le crédit et la stabilité monétaire.

— Joldie KAKESA

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