Les réserves internationales de la RDC atteignaient 7,917 milliards USD au 30 juillet 2026, tandis que les dépôts bancaires totalisaient 20,397 milliards USD à fin juin. Ces données officielles confortent une partie du bilan présenté le 13 août par André Wameso, mais plusieurs chiffres avancés sur les dépôts en francs et les billets en dollars nécessitent d’être distingués des statistiques consolidées de la Banque centrale du Congo.
Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a défendu le 13 août sa politique monétaire au cours d’un Space organisé par Actualite.cd et Deskeco. Appréciation du franc congolais, réserves de change, dollarisation, déficit public, dette et régulation bancaire ont dominé l’échange. Plusieurs données avancées peuvent être confrontées aux publications de la BCC et du Fonds monétaire international, tandis que d’autres restent des déclarations du gouverneur.
Les réserves sont proches de 8 milliards USD, mais les dépôts posent une question de périmètre
Le chiffre d’environ 8 milliards USD de réserves évoqué par Wameso correspond aux dernières statistiques disponibles. Au 30 juillet, les réserves internationales s’établissaient précisément à 7,917 milliards USD, soit 3,02 mois d’importations de biens et services. Le FMI recommande parallèlement à la BCC de poursuivre l’accumulation de réserves tout en conservant un taux de change capable d’absorber les chocs. Le Fonds cite également l’accumulation prévue d’or monétaire parmi les priorités liées aux garanties et aux actifs de la Banque centrale.
La situation est moins simple concernant les dépôts en francs congolais. Durant le Space, Wameso a déclaré qu’ils étaient passés de 1 450 milliards CDF en août 2025 à 2 400 milliards CDF à fin juin 2026. Cette donnée doit rester attribuée au gouverneur. Les statistiques publiées par la BCC indiquent, de leur côté, un encours total de dépôts bancaires de 20,397 milliards USD à fin juin, dont 11,7 % en monnaie nationale, contre 12,1 % en mai.
Appliquer cette proportion de 11,7 % à l’encours total donne environ 2,386 milliards USD d’équivalent de dépôts en monnaie nationale, selon un calcul de Lepoint.cd. Avec un taux interbancaire de 2 259,40 CDF pour un dollar observé le 26 juin, cet ordre de grandeur représenterait environ 5 392 milliards CDF. Il ne correspond donc pas directement aux 2 400 milliards CDF cités pendant l’entretien. Les deux chiffres peuvent reposer sur des périmètres statistiques différents, mais ils ne doivent pas être présentés comme une seule et même série.
Sur les finances publiques, Wameso attribue l’essentiel du déficit aux dépenses sécuritaires et affirme que celui-ci n’est pas financé par création monétaire de la BCC. Les données de l’Institut d’émission montrent que les recettes publiques ont atteint 28 294,8 milliards CDF en 2025. Le FMI confirme que les dépenses de sécurité ont pesé sur les équilibres budgétaires, particulièrement au dernier trimestre 2025, mais ajoute qu’en 2026 la guerre au Moyen-Orient, l’épidémie d’Ebola et les investissements financés par l’Eurobond exercent également des pressions sur le budget.
L’affirmation selon laquelle la RDC serait « l’un des pays les moins endettés du monde » appelle également à la prudence. Le FMI projette la dette brute des administrations publiques à 24,6 % du PIB en 2026, un ratio relativement contenu, mais insuffisant à lui seul pour établir un classement mondial. La capacité de remboursement dépend aussi des recettes publiques, du coût du financement, des échéances et du rendement économique des investissements financés.
Cette dernière question est particulièrement visible avec la première émission obligataire internationale de la RDC. En avril, Kinshasa a levé 1,25 milliard USD avec une tranche de 600 millions USD échéant en 2032 à 8,75 % et une autre de 650 millions USD échéant en 2037 à 9,50 %. Les ordres ont dépassé respectivement 2 milliards et 2,8 milliards USD. Le FMI appelle à orienter ces ressources vers des infrastructures à rendement économique élevé et à renforcer la transparence de leur utilisation.
Cash en dollars, un écart de 1,5 milliard USD entre deux déclarations
Le chiffre le plus sensible concerne les billets de dollars importés dans le pays. Le 13 août, Wameso a déclaré qu’environ 8,5 milliards USD en espèces avaient été importés en RDC en 2025, alors que les dépôts bancaires n’auraient progressé que de 1,5 milliard USD. Il en déduit que 7 milliards USD ne sont plus visibles dans le circuit bancaire formel.
Une déclaration antérieure du même gouverneur utilisait pourtant une autre base. En mai, des propos de Wameso rapportés par Agence Ecofin et Bankable faisaient état de 10 milliards USD de cash importés en 2025 pour une augmentation des dépôts limitée à 1,5 milliard USD. La différence inexpliquée atteignait alors 8,5 milliards USD. Entre ces deux interventions, le montant des billets importés attribué à 2025 diminue donc de 1,5 milliard USD.
Cette divergence impose de distinguer la déclaration du gouverneur d’une statistique consolidée et publiée par la BCC. Elle n’annule toutefois pas le problème de fond soulevé par l’Institut d’émission sur la traçabilité du cash. À partir du 9 avril 2027, la BCC prévoit que les transactions en monnaies étrangères passent par des moyens scripturaux. La détention de comptes en dollars resterait autorisée, mais les règlements devraient notamment passer par virement, carte, paiement électronique ou conversion en francs congolais.
La Banque centrale prépare parallèlement un identifiant client unique destiné à renforcer les procédures de connaissance du client, ainsi qu’un outil de comparaison des frais bancaires. Wameso plaide également pour des fonds de pension par capitalisation capables de fournir des ressources financières de long terme.
Le bilan présenté par le gouverneur combine ainsi des indicateurs officiels solides, notamment les 7,917 milliards USD de réserves, avec des estimations et déclarations qui nécessitent encore d’être lues séparément. La prochaine étape observable sera la publication par la BCC des modalités détaillées des restrictions sur le cash en devises et, surtout, de données permettant de réconcilier les différents montants avancés sur les billets importés et les dépôts en monnaie nationale.
— M. KOSI









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.