Gestion publique : des déséquilibres budgétaires persistants et des attentes insatisfaites

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Entre 2022 et 2024, les finances publiques de la République démocratique du Congo ont suivi une trajectoire qui interroge. Un rapport récent de l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), publié le 28 novembre 2024, met en évidence des failles dans la gestion budgétaire, soulignant des pratiques qui peinent à répondre aux attentes des Congolais.

Le document de plus de cinquante pages dresse un tableau où s’entrelacent dépassements financiers, absence de priorités claires et dysfonctionnements institutionnels. Selon l’ODEP, les budgets élaborés durant cette période se sont montrés peu adaptés aux réalités économiques et sociales du pays, compromettant ainsi toute perspective de croissance inclusive.

L’Observatoire alerte sur une répartition des ressources publiques qui néglige les secteurs clés comme la santé, l’éducation ou l’agriculture, au profit des institutions de souveraineté. Une gestion qualifiée d’inefficace, qui n’a pas su placer les Congolais au cœur des politiques publiques. L’étude affirme également que la décentralisation prévue par la Constitution reste, dans les faits, une ambition largement théorique.

La concentration des pouvoirs à la présidence, notamment via une administration parallèle composée de conseillers influents, est un autre point soulevé. Ces structures, souvent en conflit avec les ministères sectoriels, brouillent les responsabilités et limitent l’efficacité de l’action publique. Cette organisation fragmentée complique la mise en œuvre de réformes indispensables pour relancer l’économie nationale.

Le rapport met également en lumière des failles dans l’exécution budgétaire, avec des dépassements fréquents et des mécanismes fiscaux jugés inégalitaires. Ces pratiques, selon l’ODEP, accentuent les déséquilibres sociaux et renforcent la perception d’une gouvernance déconnectée des réalités quotidiennes. La question de la lutte contre la corruption, récurrente depuis des années, continue de hanter la gestion des fonds publics.

Le rôle des Premiers ministres Sama Lukonde et Judith Suminwa est décrit comme affaibli par un cadre institutionnel où la présidence domine de manière écrasante. Cette organisation, qui rappelle un fonctionnement présidentiel, réduit considérablement leur capacité à exercer leurs prérogatives prévues par la Constitution. Une telle situation, observe l’ODEP, limite les possibilités de mise en œuvre de politiques publiques cohérentes et efficaces.

Pour de nombreux analystes, ces constats mettent en lumière l’urgence de repenser les priorités budgétaires et de renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques. Les défis actuels exigent des réformes profondes, notamment dans les domaines de la fiscalité et de la répartition des dépenses, afin de redonner aux citoyens congolais une réelle perspective d’amélioration de leurs conditions de vie.

Ce rapport soulève donc une question essentielle : comment transformer les choix budgétaires pour aligner les ambitions économiques et sociales avec les attentes de la population ? Une problématique qui devrait occuper une place centrale dans les réflexions futures sur la gouvernance en RDC.

Lepoint.cd

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