La guerre entre la Russie et l’Ukraine pèse sur les prix, les échanges et la confiance des investisseurs. Dans le texte source, l’idée directrice est simple. Si un cessez-le-feu doit être obtenu à des conditions favorables à Kyiv et si l’économie mondiale doit se rapprocher d’un équilibre comparable à celui d’avant-guerre, l’Europe ne peut plus rester en deuxième ligne. Elle doit conduire les discussions.
Le raisonnement s’ouvre sur une leçon d’histoire économique. Les guerres, rappelle l’auteur, ne se limitent jamais au champ militaire. Elles redistribuent la richesse entre pays. La Seconde Guerre mondiale est citée comme exemple, avec un contraste marqué. Les États-Unis en seraient sortis renforcés, tandis que le Royaume-Uni aurait été presque ruiné. La dette publique britannique aurait bondi de 760 millions à 3 500 millions de livres, suivie d’une longue période de rationnement et d’austérité pour la population.
Pour l’auteur, le conflit Russie–Ukraine est en train de produire un choc du même type sur l’architecture économique mondiale. Pas en copiant 1939–1945, mais en accélérant une recomposition en blocs. Deux ensembles se dessinent. D’un côté, des États décrits comme organisés selon des lignes autoritaires, avec des exemples comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et le Venezuela. De l’autre, des États décrits comme organisés selon des lignes démocratiques, avec des exemples comme la France, l’Allemagne, l’Australie et le Royaume-Uni. Résultat, la polarisation idéologique nourrit une polarisation économique. Les chaînes d’approvisionnement, les flux financiers et les choix d’investissement se lisent de plus en plus à travers le prisme de l’alignement géopolitique.
L’auteur ajoute un élément de risque, souvent décisif pour les marchés, l’hypothèse d’un élargissement du conflit. Il rapporte qu’il est envisagé « dans certains cercles » que l’Europe puisse se retrouver en guerre avec la Russie dans cinq à dix ans, notamment autour des États baltes, présentés comme convoités par Moscou. Dans le texte, cette crainte est reliée à une mise en garde attribuée au secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui alerte sur le retour de la guerre en Europe et sur la nécessité de se préparer à une guerre d’ampleur comparable à celle qu’a connue la génération des grands-parents.
Garanties de sécurité, crédibilité des alliances et coût économique d’un basculement
Le cœur du texte se situe à l’intersection entre sécurité et économie. Une question domine, qui garantit quoi, et avec quels moyens. En filigrane, c’est une mécanique bien connue en politique monétaire. Quand la crédibilité d’un acteur est contestée, le prix du risque monte. Les investisseurs exigent des primes plus élevées, les décisions d’investissement se figent, et l’incertitude finit par peser sur l’activité réelle.
L’auteur applique cette logique à l’alliance transatlantique. Il décrit une posture américaine qu’il qualifie de neutralisme, « proche de l’amoralité », qui selon lui encouragerait Vladimir Poutine. Cette posture aurait deux racines. D’abord, un rejet des guerres longues, comme l’Afghanistan et l’Irak. Ensuite, une vision du monde attribuée à Donald Trump, présentée comme une Realpolitik froide, qui écarte la morale au profit de gains économiques et politiques.
Dans ce cadre, l’auteur affirme que, depuis son retour au pouvoir, Donald Trump aurait aligné de fait les États-Unis sur la Russie. Il rapporte que le président ukrainien Volodymyr Zelensky estime que les États-Unis présenteraient « la perspective russe » et relayeraient des signaux, des demandes et des étapes venant de Moscou, y compris sur la prétendue « préparation » de la Russie à des discussions.
C’est là que la question des garanties de sécurité devient centrale. Le texte rappelle qu’elles ont une histoire fragile. L’auteur cite le cas de Neville Chamberlain, le Premier ministre britannique qui obtient un engagement d’Adolf Hitler lors de l’accord de Munich en 1938, avant que l’Allemagne n’envahisse la Pologne en 1939. Le message est clair, une garantie sans force derrière vaut peu. La sécurité, dit-il, ne vient pas d’un papier, mais de l’équipement militaire et de la volonté de l’utiliser, avec une formule qui résume l’idée, « des bottes sur le terrain ».
De ce point de vue, l’auteur juge que les garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine seraient « sans valeur » si Washington et Moscou étaient désormais alignés. Il conclut que seule l’Europe pourrait offrir une garantie crédible. Et il propose un schéma concret. Négocier un traité de paix qui aboutisse au déploiement de forces européennes en Ukraine, décrites comme des brigades blindées soutenues par des avions basés en Ukraine, afin de défendre la ligne de contact, notamment dans le Donbas.
Sur le plan territorial, l’auteur pose une ligne. L’Ukraine ne devrait pas être contrainte de céder des terres à la Russie. Elle devrait défendre les zones du Donbas qu’elle contrôle encore, et négocier le retour des zones occupées illégalement. Le texte fixe un repère politique, le rétablissement des frontières de 1991 comme condition pour que Kyiv et les capitales européennes se sentent en sécurité.
La critique contre Washington est ensuite élargie. Le texte décrit les États-Unis comme un allié « chroniquement » peu fiable, en multipliant les exemples historiques, entrée tardive dans la Première et la Seconde Guerre mondiale, refus de partager après-guerre certains secrets nucléaires avec le Royaume-Uni malgré la participation de scientifiques britanniques, proposition d’accord au Vietnam laissant des troupes nord-vietnamiennes dans le Sud, accord de Doha de 2020 qui aurait, selon l’auteur, livré l’Afghanistan aux talibans sans tenir compte du gouvernement élu. Enfin, il affirme qu’aujourd’hui les Américains seraient prêts à accepter l’occupation illégale par la Russie d’environ 20 % du territoire ukrainien, ce qui reviendrait à récompenser l’agression.
Le texte revient aussi sur un épisode diplomatique présenté comme un point de bascule, le sommet d’Alaska d’août 2025, où Donald Trump aurait déroulé le tapis rouge à Vladimir Poutine. Pour l’auteur, cet épisode aurait fait perdre aux États-Unis leur autorité morale sur l’Europe, et l’Europe aurait commis une erreur en ne se détachant pas de Washington à ce moment-là.
À la fin, l’auteur appelle l’Europe à construire sa propre Realpolitik, avec des consignes politiques directes. Ne plus flatter Donald Trump. Exiger que l’Europe et l’Ukraine mènent les négociations avec la Russie. Se doter des hommes et du matériel nécessaires pour soutenir une armée capable de vaincre l’armée russe sur le terrain, afin de peser sur les calculs de Moscou. Faire entrer l’Ukraine dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Et considérer les États-Unis comme un allié devenu partiellement défaillant.
La logique, là encore, est économique autant que stratégique. Une guerre élargie en Europe provoquerait un choc sur l’économie mondiale, avec une dégradation des économies et une instabilité durable. Pour éviter ce scénario, conclut l’auteur, l’Europe doit agir de manière autonome, car l’ère de la protection automatique par les États-Unis serait terminée. Il résume cette urgence par une image, l’Europe devrait se transformer rapidement en « porc-épic d’acier », suffisamment armé pour décourager toute attaque.
— M. MASAMUNA

