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Inga 3 face au G7 : la RDC joue sa place dans le grand jeu mondial de la transition énergétique

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Le projet hydroélectrique Inga 3, porté par la République démocratique du Congo, cherche à redessiner les rapports énergétiques sur le continent africain. Présenté à Kinshasa lors d’un dîner diplomatique aux membres du G7 accrédités en RDC, il est affiché comme une infrastructure stratégique, adossée à une ambition continentale : transformer le fleuve Congo en levier d’industrialisation et d’intégration régionale.

Avec une capacité projetée de 11 050 mégawatts pour sa seule première phase, Inga 3 serait le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique subsaharienne. À titre de comparaison, le barrage de la Renaissance en Éthiopie affiche 6 450 MW. Le site global de Grand Inga offre, quant à lui, un potentiel théorique supérieur à 40 000 MW, ce qui en ferait l’un des plus puissants au monde. Une manne énergétique que Kinshasa souhaite convertir en moteur de croissance régionale.

Le gouvernement congolais mise sur cette infrastructure pour alimenter en électricité les chaînes de traitement locales des minerais stratégiques. Le cobalt, le cuivre et le lithium extraits en RDC représentent déjà plus de 60 % de la production mondiale du premier, avec une demande qui devrait tripler d’ici 2035 selon BloombergNEF. Or, l’essentiel de ces ressources est encore exporté à l’état brut, faute d’énergie stable pour leur transformation locale. Inga 3 entend justement combler cette lacune structurelle.

Mais le coût reste élevé : les estimations les plus récentes évaluent l’investissement nécessaire entre 14 et 18 milliards de dollars, dont une partie pourrait provenir d’un financement de la Banque mondiale. Kinshasa doit désormais convaincre les investisseurs internationaux de la viabilité du projet. L’ADPI-RDC, agence rattachée à la présidence et chargée de son exécution, insiste sur la gouvernance du projet, qu’elle veut « rigoureuse, prévisible et transparente ». Un discours calibré pour séduire les bailleurs internationaux, notamment dans un contexte de réticence accrue vis-à-vis des mégaprojets peu lisibles.

La mobilisation de main-d’œuvre qualifiée constitue un second défi. Pour la seule phase de construction, l’ADPI-RDC estime entre 4 000 et 6 000 le nombre de techniciens spécialisés requis, notamment des soudeurs industriels, des topographes et des experts en génie civil lourd. La RDC ne dispose pas aujourd’hui de ce vivier. Le directeur général de l’agence, Bob Mabiala, défend un volet de développement des compétences locales pour faire émerger une génération d’ingénieurs et de techniciens capables d’accompagner ce chantier de long terme.

Outre l’énergie de base, le projet intègre également un réseau d’infrastructures de desserte à haute tension. Un premier corridor énergétique reliera le site d’Inga à Kinshasa, avec une extension envisagée vers le Katanga lors d’une phase ultérieure. Cette logique de corridors vise à créer des pôles de consommation régionale, notamment autour des zones industrielles minières. L’un des points sensibles reste l’intégration du réseau congolais au système d’interconnexion électrique de la SADC, pour favoriser les exportations vers l’Afrique australe, notamment l’Afrique du Sud, qui reste fortement dépendante de son charbon vieillissant.

Sur le plan diplomatique, Kinshasa cherche à inscrire Inga 3 à l’agenda du G7 prévu en juin 2025 à Alberta, au Canada. L’objectif : bénéficier d’un portage politique de haut niveau, gage de crédibilité et de visibilité auprès des bailleurs publics et privés. Le soutien des grandes économies industrialisées, en particulier celles engagées dans la transition énergétique, est perçu comme un levier pour sécuriser les engagements financiers nécessaires.

L’ADPI, fondée en 2015, veut faire d’Inga un projet vitrine de l’industrialisation sobre en carbone, aligné sur les Accords de Paris. Reste que l’histoire des grands barrages africains est jonchée d’écueils techniques, de retards chroniques et de promesses non tenues. La RDC s’engage dans une course d’endurance où seule une gouvernance exemplaire et une exécution maîtrisée pourront convertir les mégawatts en progrès économique mesurable.

— Peter MOYI.

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