La Banque centrale du Congo a mis fin à une facilité centrale du système bancaire : le guichet de prêt à court terme, supprimé par l’instruction n°4 du 25 juin 2025. Désormais, les établissements financiers doivent se tourner vers des appels d’offres structurés et les adjudications de Bons BCC pour obtenir des liquidités. Cette réforme impose aux banques une gestion beaucoup plus affinée de leur trésorerie et redonne à la BCC une emprise précise sur la quantité de monnaie injectée dans l’économie.
Le mécanisme d’intervention s’appuie sur l’émission de Bons BCC, dont l’encours atteint 5 521 milliards de CDF. Durant la première semaine d’application, la BCC a procédé à une injection de 68,72 milliards de CDF. Les adjudications, adossées à un taux directeur maintenu à 25 %, voient leurs rendements tourner autour de 24 % sur les titres à sept jours. Ce mode opératoire place la banque centrale en position de filtrer l’accès à la liquidité et de piloter avec exactitude le volume de financement mis à la disposition du système bancaire.
Ce resserrement technique vise avant tout à éviter une reprise des tensions inflationnistes. Les statistiques récentes montrent que la stratégie porte ses fruits : l’inflation hebdomadaire a plafonné à 0,14 % à la mi-juillet. Sur un an, la hausse des prix recule nettement à 7,9 %, loin des 15,3 % enregistrés en juillet 2024. En cumul annuel, la progression se limite à 4,5 %, moins de la moitié du rythme de l’an dernier à la même période. Les ménages bénéficient d’un ralentissement net de la montée des prix, effet direct de la discipline monétaire imposée à l’ensemble du circuit financier.
Le franc congolais confirme cette tendance à la stabilité. Au 11 juillet 2025, il s’échange à 2 875 CDF pour un dollar sur le marché officiel, à peine 2 887 sur le marché parallèle. En une semaine, la variation ne dépasse pas 0,2 %, tandis que la perte sur six mois reste contenue sous 1 %. Cette performance doit beaucoup au niveau des réserves de change, qui culminent à 7,116 milliards de dollars. Selon les normes internationales, cela couvre environ 2,7 mois d’importations, une ligne de défense rarement observée ces dix dernières années en RDC.
Ce contexte monétaire contraste fortement avec la volatilité qui secoue les marchés financiers mondiaux, aggravée par les tensions protectionnistes et l’incertitude économique globale. À Kinshasa, la dernière enquête conjoncturelle fait état d’un climat d’optimisme croissant parmi les dirigeants d’entreprise, confirmant que la stabilité des prix et de la devise agit comme un facteur de confiance.
Pour la Banque centrale, la suppression de la facilité de crédit court terme constitue un levier puissant pour piloter la masse monétaire et maintenir la discipline du secteur bancaire. Cette approche limite les excès tout en maintenant la capacité des banques à soutenir le crédit. La liquidité existe, mais son accès requiert une gestion plus professionnelle et une anticipation constante. Le crédit demeure ainsi orienté vers les secteurs productifs, et la croissance monétaire, bien encadrée, reste compatible avec l’objectif de stabilité des prix.
Au final, la BCC affiche des résultats tangibles : monnaie nationale stabilisée, inflation maîtrisée, réserves de change solides. Les acteurs économiques s’ajustent à ce nouveau paysage sans heurt. L’ensemble dessine un environnement monétaire plus transparent et plus résilient, où chaque injection de liquidité est calibrée pour protéger l’économie des déséquilibres qui l’ont longtemps fragilisée.
— Peter MOYI


