La séance d’hier restera gravée dans les mémoires des opérateurs. Sur le marché américain, le cuivre a subi sa pire dégringolade en une journée, avant de reprendre légèrement des couleurs ce jeudi. À New York, les contrats pour livraison en septembre se sont échangés à 4,4015 dollars la livre (environ 9 704 dollars la tonne), affichant un léger rebond de 1,1 %. La veille, la chute avait atteint 22 %, un mouvement rare qui a instantanément secoué la communauté des métaux.
La raison de cette volatilité ? Un revirement spectaculaire de la Maison Blanche : Donald Trump a décidé d’exempter le cuivre raffiné des droits de douane américains, provoquant une onde de choc sur les places mondiales. Le marché, déjà nerveux, a dû intégrer ce changement de cap en urgence, avec pour conséquence un déséquilibre brutal entre l’offre et la demande.
Au même moment, à Londres, le contrat trois mois sur le London Metal Exchange n’a progressé que de 0,2 % depuis le début de la journée. Rien d’étonnant à cette prudence : de nombreux opérateurs s’interrogent sur la suite des événements. L’un des grands points d’interrogation concerne la gestion des stocks. Les réserves du COMEX ont atteint un niveau record en 21 ans, gonflant de 176 % entre mars et juillet, selon les dernières données publiées par Argus Media.
Derrière ces chiffres, une inquiétude : certains volumes pourraient désormais transiter vers les entrepôts du LME en Europe ou en Asie, à la faveur d’arbitrages logistiques provoqués par la nouvelle politique douanière américaine. De nombreux analystes estiment que ces mouvements risquent d’accentuer l’excédent déjà visible sur le marché international.
À Wall Street comme à la City, l’ambiance reste tendue. Plusieurs courtiers, interrogés par Bloomberg, n’excluent pas de nouvelles secousses tant que la visibilité politique ne sera pas rétablie. Pour l’instant, les opérateurs surveillent de près l’évolution des stocks, qui donnent souvent le ton pour la suite des cotations.
Un contexte mondial en mutation
Au-delà du choc américain, le cuivre reste soumis à de multiples facteurs, dont le ralentissement de la demande industrielle en Chine et les incertitudes liées à la transition énergétique. Cette volatilité met à l’épreuve la résilience des producteurs, mais aussi celle des investisseurs, qui doivent naviguer entre annonces politiques et réalité des flux physiques.
L’épisode en cours rappelle à quel point le marché des matières premières reste sensible aux décisions de Washington, capables en un tweet ou un décret de faire basculer la tendance.
— Peter MOYI

