Vodacash et Bisou Bisou Microfinance ont lancé en RDC une nouvelle version de Lona To Defa, qui associe épargne rémunérée et nano-crédit accessible depuis un compte M-Pesa. Le service peut rapprocher le financement de clients éloignés des agences traditionnelles, mais ses prêts de sept jours, leur coût et l’utilisation des données téléphoniques rendent la protection du consommateur déterminante.
Le lancement officiel de Lona To Defa est intervenu le 25 juillet 2026. Intégrée à M-Pesa, la solution permet aux abonnés de constituer une épargne et de solliciter un crédit directement depuis leur téléphone, sans déplacement dans une agence bancaire ou de microfinance. Vodacash présente le produit comme un moyen d’accompagner les particuliers, les entrepreneurs et les petites entreprises insuffisamment desservis par les circuits financiers classiques.
La facilité d’accès constitue son principal avantage. Pour un commerçant, un travailleur indépendant ou une petite entreprise dont les activités passent déjà par le mobile money, l’historique numérique peut fournir des informations permettant d’évaluer une demande de financement sans exiger immédiatement les garanties habituellement réclamées par une banque.
Cette évolution prolonge la progression de l’inclusion financière portée par les paiements mobiles. Le Fonds monétaire international indiquait au début de 2026 que le taux d’inclusion financière de la RDC avait dépassé 50 %, principalement grâce au déploiement des solutions de paiement par téléphone. Cette avancée ne signifie toutefois pas que la moitié de la population dispose déjà d’un crédit adapté, d’une épargne régulière ou de produits financiers utilisés dans de bonnes conditions.
Un prêt court évalué à partir des données M-Pesa et GSM
Les conditions actuellement publiées sur le site de Vodacom présentent Lona To Defa comme un service d’épargne et de nano-crédit. L’utilisateur doit être âgé d’au moins 18 ans, disposer d’un compte M-Pesa Premium actif et justifier d’au moins six mois d’ancienneté avant de solliciter un emprunt.
L’éligibilité repose sur une notation numérique. Le système peut tenir compte de la régularité d’utilisation de M-Pesa, du volume des transactions, de l’activité du compte d’épargne, des remboursements précédents ainsi que de l’historique GSM comprenant les appels et les messages. Le client autorise ainsi l’utilisation de données financières, personnelles et téléphoniques pour l’analyse de sa demande.
Le prêt prévu par les conditions publiques est compris entre 5 et 50 USD, pour une durée de sept jours. Le taux est fixé à 4,5 % par semaine, TVA comprise, et les intérêts sont prélevés au moment du décaissement. Un emprunt de 50 USD entraîne donc 2,25 USD d’intérêts pour une seule semaine, tandis que le principal doit être entièrement remboursé à l’échéance.
En cas de retard, une pénalité de 0,2 % par jour est appliquée sur le montant impayé. Le client ne peut pas obtenir simultanément plusieurs prêts et doit solder le précédent avant d’en demander un nouveau. Les conditions autorisent néanmoins plusieurs renouvellements au cours d’un même mois. Cette possibilité peut répondre à des besoins fréquents de trésorerie, mais elle peut aussi transformer un dépannage ponctuel en recours répétitif au crédit.
Le remboursement peut être initié depuis M-Pesa ou depuis le compte d’épargne. En cas d’impayé, les fonds disponibles sur ces comptes peuvent être automatiquement utilisés pour couvrir le montant arrivé à échéance, les intérêts et les pénalités applicables.
Le volet épargne prévoit un compte en dollars accessible à tout moment, avec des dépôts et retraits annoncés sans frais. Les conditions contractuelles disponibles mentionnent une rémunération de 2 % par an, calculée quotidiennement et versée mensuellement.
Une clarification documentaire apparaît cependant nécessaire. Le lancement de juillet présente Bisou Bisou Microfinance comme partenaire financier de Vodacash, alors que les conditions publiées sur le site de Vodacom mentionnent encore FINCA RDC comme institution auprès de laquelle les fonds d’épargne sont logés. Cette différence peut provenir d’une documentation antérieure qui n’a pas encore été actualisée. Pour le client, le nom de l’institution qui détient l’épargne, accorde le crédit et porte la responsabilité contractuelle doit être clairement identifiable.
L’accès au crédit ne suffit pas à garantir l’inclusion financière
Lona To Defa peut résoudre un problème réel. De nombreux petits opérateurs économiques ont besoin de montants limités pour reconstituer un stock, payer un fournisseur, financer un déplacement ou couvrir un décalage temporaire entre leurs ventes et leurs dépenses.
Le mobile réduit le coût de distribution du crédit et accélère le traitement des demandes. L’historique des transactions peut également permettre à des personnes dépourvues de garanties matérielles de commencer à construire un profil financier.
La destination du prêt reste néanmoins déterminante. Un crédit de sept jours utilisé pour acheter un stock rapidement revendu peut générer un revenu permettant de couvrir son coût. Le même crédit utilisé pour une dépense de consommation sans rentrée d’argent prévisible risque de revenir à échéance avant que l’emprunteur dispose des ressources nécessaires.
Les organismes internationaux considèrent le crédit numérique comme un outil à double effet. La Banque mondiale souligne qu’il peut élargir l’accès au financement, mais qu’il expose aussi les usagers au surendettement, aux informations incomplètes sur les coûts, aux pratiques abusives et aux erreurs d’évaluation de la capacité de remboursement. La Banque des règlements internationaux relève également les risques liés aux frais élevés, à la faible qualité des informations contractuelles, aux mécanismes de plainte insuffisants et à l’utilisation des données personnelles.
La réussite du produit dépendra donc moins du nombre de comptes ouverts que de la qualité du portefeuille. Les indicateurs utiles seront le nombre de clients ayant effectivement épargné, la part des crédits consacrée à une activité productive, le taux de remboursement à l’échéance, la fréquence des renouvellements et le nombre de clients tombant en retard.
Vodacash et Bisou Bisou devront également expliquer de manière simple le montant réellement reçu, le montant total à rembourser, la date exacte de l’échéance et le coût d’un retard. Le client devrait pouvoir connaître les principales données utilisées dans sa notation et disposer d’une procédure pour contester une décision ou corriger une information erronée.
Lona To Defa peut rapprocher l’épargne et le crédit de milliers de Congolais déjà utilisateurs de M-Pesa. Son apport économique dépendra toutefois de sa capacité à financer des besoins soutenables sans enfermer les clients dans une succession de prêts de sept jours. L’inclusion financière ne se mesure pas uniquement à la rapidité avec laquelle un crédit est accordé. Elle se mesure aussi à la capacité de l’emprunteur à l’utiliser, le rembourser et améliorer durablement sa situation.
— M. KOSI









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