L’Export-Import Bank des États-Unis a approuvé un prêt direct de 99,6 millions USD à Africell pour financer des équipements télécoms américains et européens. L’opération vise d’abord le réseau angolais du groupe, mais elle confirme l’entrée des infrastructures numériques africaines dans la rivalité technologique entre Washington et Pékin, avec un intérêt particulier pour la RDC où Africell compte plus de 3,4 millions d’abonnements.
Washington renforce son offensive économique en Afrique au-delà des minerais critiques. L’Export-Import Bank of the United States, EXIM, a accordé 99,6 millions USD à Africell, seul grand opérateur mobile africain sous contrôle américain, afin de financer l’acquisition et le déploiement de technologies provenant des États-Unis et de fournisseurs alliés. Reuters présente explicitement l’opération comme une composante de la stratégie américaine visant à réduire la place de Huawei dans les infrastructures télécoms du continent.
Le périmètre immédiat du nouveau prêt doit toutefois être distingué de l’ensemble des marchés d’Africell. Les informations publiées après l’approbation indiquent que les 99,6 millions USD seront dirigés vers les opérations angolaises, où l’entreprise utilise déjà notamment des équipements Nokia. Africell est parallèlement présent en RDC, en Sierra Leone et en Gambie et revendique environ 15 millions de clients dans ses quatre marchés.
Cette précision n’enlève rien à la portée du dossier pour Kinshasa. En 2023, EXIM indiquait déjà travailler sur une transaction destinée à soutenir l’expansion des services sans fil d’Africell, en s’appuyant sur des financements antérieurs de la Development Finance Corporation en RDC, en Sierra Leone et en Gambie. L’agence américaine liait alors ces investissements numériques au développement plus large du corridor de Lobito.
Après les minerais, la bataille porte aussi sur les réseaux
La logique américaine est clairement technologique et géopolitique. Selon Counterpoint Research, cité par Reuters, Huawei représente environ 52 % du marché des infrastructures 5G en Afrique. Washington considère depuis plusieurs années la dépendance aux équipements chinois comme un risque pour la sécurité des réseaux et pousse ses partenaires à privilégier des fournisseurs américains ou alliés. Huawei rejette les accusations américaines selon lesquelles ses équipements pourraient être utilisés à des fins d’espionnage.
Le financement d’Africell prolonge donc une politique déjà visible dans les minerais critiques, l’énergie et les infrastructures du corridor de Lobito. Cette fois, l’actif stratégique n’est plus seulement le cuivre ou le cobalt, mais aussi la couche numérique qui transporte les données, les paiements mobiles, les communications des entreprises et une partie croissante des services publics.
Africell constitue pour Washington un véhicule particulier. Le groupe avait obtenu une facilité de 100 millions USD auprès de l’OPIC, devenue ensuite la DFC, accordée en 2019 puis réaménagée en 2021 pour soutenir son expansion en Afrique. Africell indique avoir remboursé cette facilité trois ans avant son échéance.
En RDC, l’enjeu dépasse la seule présence commerciale de l’opérateur. Les données de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo montrent qu’Africell comptait 3,461 millions d’abonnements mobiles à fin 2025, soit environ 4,7 % d’un marché national proche de 74 millions d’abonnements.
Son poids est plus visible dans l’usage intensif de la donnée. Au quatrième trimestre 2025, un abonné Africell consommait en moyenne 10 406 MB de données par mois, contre 4 375 MB pour l’ensemble du marché, soit environ 2,4 fois la moyenne nationale. L’opérateur représentait parallèlement 5,72 % du trafic data mobile du pays.
La question pour la RDC devient donc moins théorique. Si Africell étend progressivement à ses autres marchés africains la politique d’équipements occidentaux déjà appliquée en Angola, la compétition entre fournisseurs américains, européens et chinois pourrait se déplacer directement vers les investissements dans les antennes, les réseaux 4G et 5G, les centres de données et les infrastructures de transmission congolaises.
Le prochain indicateur à surveiller sera la stratégie d’investissement d’Africell en RDC après cette opération américaine, notamment les technologies retenues pour ses prochaines extensions de réseau et la place qu’occuperont les fournisseurs occidentaux dans ses infrastructures congolaises.
M. MASAMUNA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.