La Banque africaine de développement a présenté à Séoul cinq projets régionaux liés aux minerais critiques à des entreprises et institutions financières coréennes. Pour la RDC, déjà intégrée à une chaîne régionale batteries-véhicules électriques soutenue par la BAD et la CEA, l’enjeu est désormais d’attirer les capitaux coréens vers la transformation du cuivre et du cobalt, et non uniquement vers leur approvisionnement.
La Corée du Sud renforce son positionnement dans la compétition mondiale pour les minerais critiques africains. Le 8 septembre à Séoul, la Banque africaine de développement a présenté cinq projets régionaux à des investisseurs coréens lors du dialogue de haut niveau Corée-Afrique sur l’investissement, les minerais critiques et les chaînes de valeur durables, organisé en marge de la 8e conférence ministérielle de la Coopération économique Corée-Afrique, KOAFEC.
La démarche ne porte pas seulement sur l’extraction. Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a défendu une orientation vers davantage de traitement, de raffinage et de production industrielle sur le continent. La Banque a parallèlement présenté ses instruments de garantie, de cofinancement et d’atténuation des risques destinés à rendre les projets africains plus bancables et à attirer davantage de capitaux privés.
La dimension financière s’est précisée le lendemain. Le gouvernement coréen et la BAD ont signé une lettre d’intention prévoyant notamment la poursuite des cofinancements entre l’Economic Development Cooperation Fund coréen et la BAD dans les minerais critiques, aux côtés de l’intelligence artificielle, du climat et d’autres secteurs. La Corée et la BAD disposent déjà d’un mécanisme capable de préparer puis de faire financer des projets. Environ 50 millions USD engagés dans la préparation via le fonds KOAFEC ont contribué à constituer un pipeline supérieur à 6 milliards USD et à mobiliser près de 4 milliards USD de financements, selon la BAD.
La RDC figure déjà dans une chaîne régionale batteries-véhicules électriques
La BAD n’a pas publié dans son communiqué la liste détaillée des cinq opérations présentées à Séoul. Il n’est donc pas possible, à ce stade, d’affirmer qu’un projet spécifiquement congolais faisait partie de ces cinq dossiers.
La RDC apparaît toutefois déjà dans le portefeuille de chaînes de valeur minières régionales que la BAD développe avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Les deux institutions travaillent notamment sur une chaîne de valeur batteries et véhicules électriques reliant la RDC, la Zambie, la Tanzanie et l’Afrique du Sud. Trois autres axes portent sur le lithium entre le Zimbabwe, la Namibie, le Botswana et l’Afrique du Sud, le graphite entre le Mozambique, Madagascar et la Tanzanie, ainsi que le fer, le manganèse et les matériaux industriels verts dans plusieurs pays d’Afrique australe et occidentale.
Pour Kinshasa, ce positionnement est cohérent avec une stratégie industrielle engagée depuis plusieurs années autour du cuivre, du cobalt et des précurseurs de batteries. La BAD estime que la RDC dispose d’un avantage potentiel particulièrement important dans cette partie de la chaîne. Une étude soutenue par l’institution avait estimé le coût de construction d’une usine de précurseurs de 10 000 tonnes à environ 39 millions USD en RDC, soit près du tiers d’une installation comparable aux États-Unis, grâce notamment aux coûts de construction et à l’accès à une électricité largement hydraulique.
Séoul cherche aussi à sécuriser ses approvisionnements
Pour la Corée du Sud, la logique est industrielle autant que géopolitique. Séoul a présidé le Minerals Security Partnership puis le Forum on Resource Geostrategic Engagement, deux dispositifs consacrés à la diversification et à la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. En juin 2026, les ministres africains et coréens avaient encore réaffirmé leur volonté de combiner stabilité des approvisionnements, transformation locale et coopération technologique.
La RDC dispose déjà d’un canal bilatéral avec Séoul. Lors de la deuxième Commission mixte RDC-Corée tenue en 2026, les deux pays ont convenu de poursuivre les échanges sur une coopération mutuellement avantageuse autour du cobalt, du lithium, du nickel et du cuivre. Le ministère coréen des Affaires étrangères évaluait leurs échanges commerciaux à 1,569 milliard USD en 2025, faisant de la RDC le quatrième partenaire commercial africain de la Corée cette année-là.
À Séoul, la présence d’acteurs tels que KOMIR, l’organisme public coréen chargé des ressources minières, Korea Trade Insurance Corporation, POSCO International et d’autres groupes industriels montre que la discussion dépasse le cadre diplomatique. Mais l’intérêt coréen ne constitue pas encore un engagement financier sur une opération congolaise précise.
Le test pour la RDC sera donc de convertir son poids dans l’offre mondiale de cuivre et de cobalt en projets industriels susceptibles d’obtenir les garanties, cofinancements et capitaux présentés par la BAD à Séoul. Le prochain indicateur sera l’apparition d’un projet congolais de raffinage, de précurseurs de batteries ou d’infrastructure minière dans le pipeline commun BAD–Corée, accompagné d’un montant, d’investisseurs identifiés et d’un calendrier d’exécution.
Noella NGOLA









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.