Minerais critiques : la Task Force RDC–USA formalisée après plusieurs mois de retard administratif

Kinshasa devait rendre sa Task Force avec Washington opérationnelle dès février. 7 mois plus tard, son cadre vient seulement d’être formalisé alors qu’une cinquantaine de projets congolais attendent désormais de passer du portefeuille aux investissements réels.

La Rédaction

Prévue pour devenir opérationnelle dès février, la Task Force chargée d’accélérer l’accord stratégique entre la RDC et les États-Unis n’a été formellement instituée que le 11 septembre. Le partenariat n’est pourtant pas resté à l’arrêt : Kinshasa a déjà soumis une cinquantaine de projets stratégiques, transmis une première liste d’actifs miniers et commencé à réorienter certains volumes de cuivre vers les marchés occidentaux.

Le Gouvernement congolais vient de donner un cadre juridique à l’organe chargé de transformer son partenariat minier avec Washington en investissements, infrastructures et débouchés commerciaux. Lors du Conseil des ministres du 11 septembre, il a adopté le projet de décret portant institution, organisation et fonctionnement de la Task Force RDC–USA, sous la responsabilité du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba.

Le nouvel élément révélé le 15 septembre par Reuters concerne son calendrier. Selon un responsable gouvernemental cité anonymement par l’agence, le mécanisme devait initialement devenir opérationnel en février, mais sa mise en place a été retardée par des obstacles administratifs. Cela situe à plusieurs mois l’écart entre le calendrier initial et la formalisation intervenue en septembre.

Cette séquence doit toutefois être distinguée d’une absence totale d’exécution. Dès le 5 février 2026, les deux pays avaient tenu à Washington la première réunion de leur Comité de pilotage conjoint, composé de cinq représentants de chaque partie. Le Gouvernement congolais indiquait alors que les discussions portaient déjà sur les projets stratégiques proposés par Kinshasa et leur articulation avec les objectifs de sécurisation des chaînes d’approvisionnement.

Le 11 juin, la Primature avait ensuite réuni une première structure congolaise de coordination autour de la Première ministre Judith Suminwa. À cette occasion, Daniel Mukoko Samba avait annoncé que la première liste de la réserve d’actifs stratégiques avait été reçue et qu’une cinquantaine de projets de développement avaient été soumis aux États-Unis, dans l’attente d’une réponse américaine.

La décision de septembre apparaît donc davantage comme la formalisation institutionnelle d’un mécanisme déjà partiellement actif que comme le véritable point de départ du partenariat.

Une cinquantaine de projets, mais l’enjeu est désormais leur passage au financement

Signé le 4 décembre 2025, l’accord stratégique RDC–États-Unis organise une coopération beaucoup plus large que la seule vente de cobalt ou de cuivre. Il prévoit notamment une Strategic Asset Reserve, regroupant des actifs et zones d’exploration désignés par Kinshasa, ainsi qu’une liste de projets stratégiques congolais susceptibles de bénéficier de financements américains, multilatéraux ou privés. Les investisseurs américains disposent notamment d’un droit de première offre sur certains projets entrant dans ces mécanismes. (IEA)

Le texte couvre également la transformation locale, le corridor Sakania–Lobito, les infrastructures énergétiques, la formalisation de l’exploitation artisanale et l’amélioration du cadre fiscal et administratif des investissements. Pour le corridor de Lobito, l’accord fixe même à cinq ans des objectifs de transit pouvant atteindre 50 % des exportations de cuivre, 90 % des concentrés de zinc et 30 % du cobalt via cette voie logistique.

Quelques opérations ont déjà donné une traduction commerciale au rapprochement avec Washington.

En janvier, Gécamines a exercé son droit d’achat sur 100 000 tonnes de cuivre de la production 2026 de Tenke Fungurume Mining, un volume équivalent à sa participation de 20 % dans cette entreprise, destiné selon la société publique au marché américain.

Gécamines avait également créé fin 2025 avec Mercuria une structure destinée à commercialiser ses propres volumes de cuivre, cobalt et autres minerais critiques. Reuters cite aujourd’hui l’élargissement de ces dispositifs de commercialisation avec Mercuria et Glencore parmi les premières conséquences économiques du partenariat, avec une progression des ventes vers les marchés occidentaux.

L’investissement autour de Virtus Minerals et des actifs de Chemaf constitue un autre dossier suivi de près par Washington. L’acquisition a reçu l’autorisation du ministère congolais des Mines en mars. Virtus et ses partenaires prévoient notamment de poursuivre le développement des actifs d’Etoile et de Mutoshi. Reuters avait cependant documenté en avril des interrogations sur l’expérience minière revendiquée par Virtus, auxquelles l’entreprise est confrontée alors que son projet est présenté comme l’un des investissements américains associés au partenariat.

Le tableau de bord de la Task Force reste à rendre visible

C’est désormais sur l’exécution que la nouvelle structure sera attendue. Le Conseil des ministres définit sa fonction générale comme la coordination et le suivi des engagements afin de les convertir en résultats économiques et sécuritaires. Mais les documents publics consultés ne détaillent pas encore sa composition complète, son secrétariat technique, son budget, son calendrier d’exécution ni la liste des projets qui seront directement suivis par cet organe. Reuters relève également que ni les membres ni les projets prioritaires n’ont été identifiés publiquement dans le compte rendu gouvernemental.

Cette question est importante parce que Kinshasa a déjà annoncé une cinquantaine de projets. À ce stade, leur nombre renseigne sur le portefeuille proposé, mais pas encore sur les capitaux effectivement engagés.

Pour mesurer économiquement le partenariat RDC–USA, les prochains indicateurs devront donc porter sur les projets retenus par Washington, les montants de financement signés puis décaissés, les capacités minières ou industrielles construites, les volumes bénéficiant de contrats d’achat et la part de transformation réalisée en RDC.

Après plusieurs mois consacrés à installer ses mécanismes de coordination, la Task Force devra désormais permettre de passer d’une architecture institutionnelle à un tableau de bord mesurable en dollars investis, infrastructures réalisées et tonnes effectivement commercialisées.

M. MASAMUNA

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