Les statistiques minières provisoires du premier trimestre 2026 montrent que la RDC continue de produire et d’exporter des volumes importants de minerais. Mais derrière la performance physique du secteur, un autre enjeu apparaît clairement : la capacité de l’État à capter une part suffisante de la valeur minière à travers les redevances, les taxes, les impôts et le contrôle des filières.
Des volumes importants, mais une captation fiscale encore à renforcer
Le rapport présente d’abord un secteur minier très actif. Le cuivre reste la colonne vertébrale du système, avec 843 954 tonnes produites et 823 886,88 tonnes exportées au premier trimestre 2026. Cette proximité entre production et exportation confirme que le cuivre congolais circule rapidement vers les marchés extérieurs. Pour l’économie nationale, cela signifie des recettes potentielles importantes, mais aussi une forte dépendance aux exportations de matières premières.
La question de la valeur se pose encore plus fortement pour les minerais dits stratégiques. Le cobalt, par exemple, enregistre 28 660 tonnes produites en métal contenu, mais seulement 17 053,95 tonnes exportées en métal contenu sur la période. Le recul par rapport au premier trimestre 2025 est très marqué. Cette situation s’explique par les mesures de contrôle des exportations. Elle peut réduire les volumes à court terme, mais elle peut aussi servir de levier pour mieux organiser le marché, éviter la vente désordonnée et soutenir une stratégie de valorisation plus avantageuse pour le pays.
Le cas du diamant illustre un autre défi. La production atteint 2,22 millions de carats, mais elle est assurée à 98 % par l’artisanat. Les exportations, elles, s’établissent à 1,61 million de carats pour 7,97 millions USD. Cela donne une valeur moyenne relativement faible par carat exporté. Le problème n’est donc pas seulement la quantité produite. Il concerne aussi la qualité du tri, la certification, la traçabilité, la négociation commerciale et la capacité du pays à mieux organiser les circuits d’exportation.
Dans l’or, le contraste est différent. La production atteint 6 558,77 kg, dont 89 % proviennent du secteur industriel. Les exportations montent à 6 309,46 kg pour 732,18 millions USD. L’or démontre que la valeur peut être très élevée même avec des volumes limités. Le rapport montre aussi que l’exploitation artisanale d’or s’est fortement contractée en mars, ce qui peut traduire un problème de collecte, de formalisation ou de déclaration des flux.
Les stannifères montrent une filière plus diversifiée. La cassitérite atteint 11 766,75 tonnes produites et 11 229,50 tonnes exportées, pour 230,03 millions USD. L’exploitation industrielle domine la production et l’exportation, surtout grâce à Alphamin Bisie. Le coltan, par contre, reste dominé par l’artisanat dans la production et conserve une forte composante artisanale à l’exportation. Cette structure demande un encadrement précis, car les minerais 3T sont très sensibles aux exigences de traçabilité sur les marchés internationaux.
Le rapport donne aussi des indications sur les recettes publiques. Les autres recettes de la DGRAD liées aux Mines, au Secrétariat général et au CAMI atteignent 62,12 milliards CDF au premier trimestre 2026. La plus grande part provient des loyers, surtout les droits superficiaires annuels sur les permis d’exploitation, qui représentent 47,42 milliards CDF. Cela montre que les droits administratifs et fonciers miniers constituent une source importante de recettes, au-delà de la seule redevance minière.
La DGI affiche, pour sa part, un total de 696,72 milliards CDF au premier trimestre dans le tableau consacré aux impôts. Les principales lignes sont l’impôt spécial sur les profits excédentaires, l’impôt sur les revenus des capitaux mobiliers, la taxe sur la valeur ajoutée et l’IRPP. Ce niveau de recettes confirme que le secteur minier reste un pilier fiscal majeur, même si la répartition exacte entre entreprises, provinces et filières doit être analysée avec prudence.
Les tableaux comparatifs entre les redevances attendues par l’administration des Mines et celles encaissées par la DGRAD dans le Lualaba et le Haut-Katanga signalent aussi un écart important. Pour le Lualaba, les montants attendus dépassent fortement les montants encaissés sur les trois mois. Le même phénomène apparaît dans le Haut-Katanga. Ces écarts ne doivent pas être interprétés automatiquement comme des pertes définitives, mais ils posent une question de rapprochement, de calendrier de paiement, de déclaration et de suivi administratif.
Le message central du rapport est donc clair : la RDC ne manque pas de minerais. Elle dispose de cuivre, cobalt, or, cassitérite, coltan, wolframite, diamant, manganèse, germanium et terres rares. Le vrai défi est d’améliorer la transformation locale, la formalisation des filières artisanales, le contrôle des exportations et le rendement fiscal. Le secteur minier congolais produit déjà beaucoup. La prochaine étape consiste à faire en sorte que cette production se transforme davantage en recettes publiques, en emplois qualifiés et en valeur industrielle locale.
— M. KOSI










