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Mpiana-Mwanga, 80 millions USD investis pour 40 MW, Resource Matters demande un accès clair pour les communautés de Manono

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La centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, réhabilitée grâce à un investissement annoncé de plus de 80 millions USD pour porter sa capacité à 40 MW, doit-elle alimenter uniquement un projet minier ou aussi les villages voisins et d’autres industriels ? Dans un livre blanc publié en décembre 2025, l’ONG Resource Matters demande des réponses sur l’usage réel de cette électricité, alors que la première turbine est entrée en service en décembre 2024.

La centrale est liée aux activités de Katamba Mining SAS, une coentreprise entre Zijin Mining et la Cominière, installée dans le territoire de Manono (province du Tanganyika). Pour Resource Matters, l’enjeu dépasse la mine : l’électricité issue d’une infrastructure publique réhabilitée dans une zone minière devrait aussi soutenir les communautés locales et d’autres utilisateurs industriels.

À qui profite l’électricité, et sur quelle base contractuelle ?

Resource Matters explique que des questions restent ouvertes sur « l’impact réel » de la remise en état de Mpiana-Mwanga pour les habitants. Une raison alimente ces doutes : l’existence évoquée d’« accords avec AVZ Power » portant sur la réhabilitation de la même centrale. Si des engagements existaient déjà, pourquoi un autre contrat a-t-il été attribué pour des travaux similaires ? C’est la question posée, car une situation de ce type peut créer de l’incertitude.

L’ONG cite aussi une correspondance de la société civile locale datant de 2022. Selon ce document, ce flou pourrait peser sur le climat des affaires et décourager des investissements étrangers. Pour un investisseur, la cohérence des décisions et la lisibilité des contrats comptent, au même titre que la rentabilité d’un projet.

Sur le volet formel, Resource Matters indique que la coentreprise liée à Katamba Mining SAS, qui a obtenu des permis d’exploitation près du gisement de lithium de Manono, a « obtenu le contrat de réhabilitation de la centrale hydroélectrique Mpiana-Mwanga par le biais d’un appel d’offres public ». Autrement dit, l’attribution serait passée par une procédure concurrentielle. Cela ne règle pas, à lui seul, la question de la coordination avec d’éventuels accords antérieurs mentionnés autour d’AVZ Power, ni celle de la transparence sur l’affectation finale de l’énergie produite.

Au plan technique, les chiffres avancés donnent une idée de l’échelle du projet. La capacité visée est de 40 MW. Un mégawatt mesure la puissance disponible à un instant donné : plus ce chiffre est élevé, plus la centrale peut alimenter des équipements et des installations en même temps. La production annuelle évoquée est de 186 millions de kWh. Le kilowattheure correspond à l’énergie réellement consommée sur une période, comme sur une facture d’électricité.

L’installation modernisée est présentée comme destinée à alimenter non seulement l’activité minière, mais aussi le traitement local et les communautés avoisinantes. C’est précisément sur ce point que Resource Matters attend de la clarté. L’ONG parle d’une allocation jugée « opaque » et s’inquiète de savoir si l’électricité servira uniquement au projet Manono Northeast ou si elle sera distribuée plus largement, y compris à d’autres opérateurs et aux riverains.

Ce débat est central dans une zone où les projets miniers sont énergivores. Les mines, les usines de traitement et les services associés ont besoin d’un courant stable. Les ménages, eux, attendent un accès régulier à l’électricité pour l’éclairage, la conservation des aliments, les petits ateliers et les services de base. Quand une centrale renaît après des décennies d’arrêt, la question du partage de l’énergie devient immédiatement économique et sociale.

Le passé de Mpiana-Mwanga rappelle à quel point l’infrastructure est ancienne. La centrale a été construite en 1933 et son exploitation s’est arrêtée en 1982. En 2020, AVZ Minerals a signé un accord avec le gouvernement pour réhabiliter l’installation, avec l’objectif initial de relancer deux turbines totalisant 18 MW. À partir de là, le dossier se complexifie : l’arrivée d’un autre acteur sur la même centrale, avec un programme de modernisation et des montants importants, appelle une explication simple sur le calendrier, les responsabilités, et surtout sur le droit d’usage de l’électricité produite.

Au final, deux attentes se superposent. D’un côté, la nécessité d’alimenter des opérations minières et industrielles qui structurent l’économie locale. De l’autre, la demande de transparence sur un équipement qui peut aussi changer la vie quotidienne autour de Manono. Si la centrale est réellement appelée à servir plusieurs bénéficiaires, les règles de répartition, les tarifs et les engagements envers les communautés devront être lisibles, car c’est là que se joue la confiance.

— M. KOSI

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