RDC‑Rwanda : l’accord qui pourrait rebattre les cartes du secteur minier régional

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La signature du cadre d’intégration économique entre la RDC et le Rwanda, en août 2025, rebat les cartes d’un secteur minier déjà sous haute tension. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la RDC concentre plus de 60 % de la production mondiale de coltan et détient parmi les plus grandes réserves de lithium du continent. Dans un contexte de rivalités régionales et de pressions internationales, cet accord est tout sauf anodin.

Transparence et contrôle : l’heure de vérité pour les minerais stratégiques

L’objectif affiché du texte, salué par le Département d’État américain, consiste à instaurer un mécanisme de traçabilité sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en coltan et lithium. Concrètement, la RDC et le Rwanda s’engagent à créer une plateforme numérique commune de suivi des flux, accessible aux opérateurs privés et aux institutions internationales. Ce dispositif technique doit permettre de limiter les pertes liées à la contrebande, estimées à plusieurs centaines de millions de dollars chaque année selon les estimations de l’International Peace Information Service (IPIS).

Le volet infrastructures prévoit également la construction de corridors logistiques conjoints pour sécuriser le transport des minerais, ainsi que des projets d’interconnexion énergétique. Si la coopération régionale s’intensifie sur le plan opérationnel, l’enjeu reste la mise en œuvre : dans une région où les frontières restent poreuses et où la fiscalité fluctue, chaque point du protocole sera surveillé de près par les acteurs du secteur.

Les ONG, dont Human Rights Watch, alertent déjà sur la nécessité d’un contrôle indépendant et d’un accès public aux informations. Les clauses sur le partage des revenus miniers et les obligations environnementales n’ont pas encore été rendues publiques. Pour les grandes entreprises minières, la stabilité promise par ce texte pourrait lever des incertitudes, mais l’expérience montre que la réussite dépendra du suivi effectif des engagements.

En filigrane, une question demeure : comment garantir que cette intégration profite réellement aux populations congolaises ? Le test grandeur nature commencera dès les premières exportations certifiées sous le nouveau régime.

— Peter MOYI

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