Le port de Matadi, principale porte d’entrée maritime de la République démocratique du Congo, fait l’objet d’un vaste programme de modernisation estimé à 250 millions de dollars américains. Piloté par Matadi Corridor Terminaux à Conteneurs (MCTC), ce projet ambitionne de transformer en profondeur l’infrastructure portuaire qui assure l’essentiel des importations du pays et constitue un maillon stratégique de l’économie congolaise.
Situé à près de 150 kilomètres de l’océan Atlantique sur le fleuve Congo, le port de Matadi demeure le point le plus en amont accessible aux navires océaniques. Depuis plus d’un siècle, il concentre la majorité des importations destinées à Kinshasa et à l’ouest du pays, notamment les équipements industriels, les véhicules, les produits alimentaires, les carburants et les biens manufacturés.
Longtemps confronté à des infrastructures vieillissantes, à des délais de traitement importants et à des contraintes logistiques récurrentes, le port entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son développement grâce à un partenariat public-privé conclu entre la RDC et le Qatar dans le cadre d’un accord signé en février 2022.
Un partenariat stratégique sur vingt ans
L’exploitation du terminal à conteneurs a été confiée à Matadi Corridor Terminaux à Conteneurs (MCTC), société créée par le consortium MSC-SIG, adossé notamment au géant mondial du transport maritime Mediterranean Shipping Company (MSC). Le contrat prévoit une concession initiale de vingt ans, avec une possibilité d’extension de dix années supplémentaires.
Depuis sa prise de contrôle opérationnelle en 2024, MCTC a engagé un programme de modernisation présenté comme une reconstruction complète plutôt qu’une simple réhabilitation.
En janvier 2025, le groupe français Eiffage Génie Civil Marine a été retenu pour conduire les travaux de transformation du terminal. Le chantier doit s’étendre sur trente-six mois tout en maintenant les opérations portuaires.
Une capacité renforcée de 40 %
Le projet prévoit l’extension du quai principal de 200 à 350 mètres linéaires afin d’accueillir davantage de navires et d’améliorer la fluidité des opérations.
L’ensemble de la plateforme logistique, couvrant environ sept hectares, sera entièrement réaménagé avec de nouveaux réseaux électriques, des systèmes modernes d’assainissement, des équipements de sécurité incendie, des installations de vidéosurveillance et des infrastructures énergétiques garantissant une alimentation continue.
Le terminal sera également doté d’un centre de données connecté à la fibre optique afin de numériser les opérations portuaires et d’améliorer le suivi des marchandises en temps réel.
Deux connexions ferroviaires seront aménagées pour relier directement le terminal au corridor ferroviaire Matadi-Kinshasa, offrant ainsi une solution multimodale destinée à réduire les coûts logistiques et la congestion routière.
Selon MCTC, ces investissements permettront d’augmenter la capacité de traitement des conteneurs de 40 %, tout en réduisant significativement les délais de séjour des marchandises et les temps d’attente des navires.
Un impact direct sur l’économie congolaise
Pour les investisseurs, cette modernisation dépasse largement le cadre portuaire. Le port de Matadi constitue le principal point d’entrée des équipements industriels, des matières premières et des biens de consommation utilisés par les entreprises congolaises.
Une amélioration des performances logistiques pourrait réduire les coûts d’importation, accélérer l’approvisionnement des entreprises et renforcer la compétitivité de plusieurs secteurs économiques, notamment l’industrie, l’agroalimentaire, la construction et la distribution.
Le secteur minier est également concerné. Même si les exportations de cuivre et de cobalt empruntent principalement d’autres corridors, la majorité des équipements, pièces de rechange, transformateurs, réactifs chimiques et matériels industriels utilisés par les mines transitent par Matadi.
Une réduction des délais portuaires pourrait donc diminuer les coûts d’exploitation des entreprises minières et améliorer la sécurité de leurs chaînes d’approvisionnement.
Vers un corridor logistique modernisé
L’intégration du rail, la digitalisation des opérations et l’introduction d’infrastructures énergétiques modernes témoignent d’une volonté de positionner Matadi parmi les plateformes logistiques les plus performantes de la région.
Le projet prévoit également la création de 500 emplois directs pendant la phase de construction et d’environ 200 emplois permanents après la mise en service complète du terminal.
Pour la RDC, la modernisation du port de Matadi constitue l’un des investissements logistiques les plus importants de ces dernières années. Elle intervient dans un contexte où le pays cherche à améliorer sa connectivité, réduire les coûts du commerce extérieur et renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux.
Au-delà des infrastructures, l’enjeu est de faire du corridor Matadi-Kinshasa un levier de compétitivité capable d’accompagner la croissance du commerce, de l’industrie et des investissements dans l’ensemble du bassin économique occidental du pays.
Par M. KOSI






