Les dernières données issues de la Banque Centrale du Congo (BCC) offrent une perspective nuancée sur l’état des recettes fiscales de la République Démocratique du Congo (RDC) au 23 août 2024. Le pays a mobilisé un total de 376,1 millions USD, un chiffre qui cache des disparités notables entre les différentes régies financières.
DGI : une collecte fiscale robuste dans un contexte de pression économique
La Direction Générale des Impôts (DGI) a su tirer son épingle du jeu en atteignant un taux de mobilisation de 99,2 %. Les recettes fiscales issues des impôts directs et indirects se sont élevées à 614,1 milliards de Francs congolais (CDF), à peine en dessous des prévisions qui tablaient sur 620,2 milliards de CDF. Cette performance témoigne de l’efficacité de la DGI dans un environnement économique marqué par des contraintes budgétaires et des pressions fiscales croissantes.
La capacité de la DGI à maintenir un taux de collecte aussi élevé reflète une gestion rigoureuse des opérations fiscales. Toutefois, cette efficacité ne doit pas occulter les défis structurels auxquels la RDC fait face, notamment la nécessité d’élargir l’assiette fiscale pour réduire la dépendance vis-à-vis des grandes entreprises.
DGDA et DGRAD : une mobilisation des recettes en deçà des attentes
En contraste avec la DGI, la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) affiche une performance nettement en retrait. Les recettes douanières n’ont représenté que 30,3 % des prévisions, atteignant 323,6 milliards de CDF. Ce faible taux de réalisation souligne les difficultés persistantes de la DGDA à optimiser la collecte des droits de douane, un secteur pourtant crucial pour les finances publiques.
La Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participation (DGRAD) fait face à des défis similaires, avec des recettes parafiscales s’élevant à seulement 130,3 milliards de CDF. Ces résultats pointent une faiblesse chronique dans la mobilisation des revenus administratifs et domaniaux, essentiels pour le financement des services publics et des infrastructures.
Déficit budgétaire : une pression constante sur les finances publiques
Le déficit budgétaire de la RDC au 21 août 2024 s’élève à 434,1 milliards de CDF, un chiffre qui, bien que inférieur à la prévision initiale de 653,8 milliards de CDF, reste alarmant. Pour combler ce déficit, l’État a dû recourir à l’émission de titres publics, générant 328,2 milliards de CDF, en plus d’utiliser une marge de trésorerie accumulée précédemment, à hauteur de 105,9 milliards de CDF. Cette stratégie, bien qu’efficace à court terme, soulève des questions sur la soutenabilité de la dette publique et la gestion des ressources financières.
En parallèle, les arriérés de paiement, symbolisés par les 577,3 milliards de CDF d’Ordres de Paiement Instructés (OPI) en attente à la BCC, mettent en lumière les tensions budgétaires croissantes. Une grande partie de ces arriérés concerne les salaires des agents de l’État, un enjeu majeur pour la stabilité sociale et la confiance envers les institutions publiques.
L’analyse des recettes fiscales de la RDC en août 2024 révèle ainsi un tableau contrasté. Si la DGI réussit à maintenir des performances solides, la faiblesse de la collecte douanière et parafiscale, associée à un déficit budgétaire persistant, souligne l’urgence de réformes économiques pour stabiliser les finances publiques et soutenir le développement économique du pays.
M.MATUVOVANGA
LEPOINT.CD





