La République démocratique du Congo a enregistré une croissance de 38,9 % du nombre de clients desservis en basse tension entre 2020 et 2024, pour atteindre 1 496 292 abonnés, selon les données communiquées par Sandrine Mubenga, directrice générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE). Dans le segment de la moyenne tension, 2 403 clients sont aujourd’hui connectés, contre 78 pour la haute tension, en hausse de 27,9 % sur la même période.
Ces chiffres traduisent un effort d’extension du réseau, mais restent modestes au regard des besoins réels d’un pays de plus de 100 millions d’habitants. Le taux d’électrification national demeure inférieur à 20 %, selon les estimations croisées de l’ARE et de la Banque mondiale. Une réalité qui souligne l’écart croissant entre les annonces d’extension de couverture et l’accès concret des populations à une alimentation stable et régulière.
La puissance installée s’est accrue de 675 MW pour atteindre 3 647 MW en 2024, contre 2 972 MW en 2020. La production annuelle, elle, est passée de 12 460 GWh à 13 625 GWh. Une progression de 9,3 % sur quatre ans, insuffisante pour répondre à la demande croissante, notamment dans les zones minières du sud et les centres urbains en expansion.

Le secteur fait face à des contraintes techniques lourdes. La réduction du débit du fleuve Lualaba, due à des constructions de digues en amont, limite la production hydroélectrique dans le Katanga, région stratégique pour l’extraction de cobalt et de cuivre. À cela s’ajoute l’insécurité persistante dans l’Est, qui perturbe la maintenance des infrastructures et le déploiement de nouveaux projets, comme l’a souligné l’opérateur indépendant Nuru.
L’ARE affirme disposer d’un portefeuille de 4 100 MW de projets attribués. Si ces concessions étaient exécutées, elles pourraient augmenter de manière substantielle la capacité de production nationale. Mais dans les faits, les délais d’exécution, les faiblesses de gouvernance, l’absence de financements structurés et les incertitudes juridiques freinent leur concrétisation.
La directrice de l’ARE a évoqué une piste de coordination avec les opérateurs miniers pour contenir les importations d’électricité, notamment depuis la Zambie et le Mozambique, et rediriger les ressources vers la production domestique. Ce changement de paradigme suppose une mise à niveau rapide des infrastructures et une régulation capable de sécuriser les investissements.
La Société nationale d’électricité (SNEL), acteur public central du secteur, affirme avoir connecté 1 million de personnes supplémentaires entre 2020 et 2024. Elle met également en avant une réduction de 80 % de sa dette locale et sociale, et l’assainissement de ses états financiers via des audits externes. Parallèlement, elle déploie des solutions numériques comme « Snel et Moi » pour moderniser sa relation clientèle, et mène plusieurs projets de réhabilitation des réseaux urbains.
Mais l’impact de ces initiatives reste limité sans politique énergétique cohérente à long terme. La RDC mobilise encore moins de 1 % de son PIB pour ses investissements énergétiques, loin des recommandations de la Banque africaine de développement (BAD), qui préconise un minimum de 3 à 5 % pour les pays à potentiel élevé.
Avec un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 100 000 MW, la RDC pourrait devenir un fournisseur régional. Aujourd’hui, à peine 3 % de ce potentiel est valorisé. La deuxième édition de la Semaine de l’Énergie, organisée à Kinshasa du 24 au 26 juin, ambitionne de rapprocher décideurs, bailleurs et acteurs privés pour créer un cadre plus attractif.
Mais sans levée des verrous réglementaires, accélération des projets structurants comme Inga III et un pilotage budgétaire rigoureux, le pays continuera d’accumuler un retard énergétique incompatible avec ses ambitions industrielles.
— M. MASAMUNA

