La Banque centrale du Congo (BCC) vient d’entamer une nouvelle phase. André Wameso, ancien conseiller économique du président, prend la tête de l’institution à un moment où la stabilité financière du pays est sous tension. La cérémonie d’installation à Kinshasa, présidée par le ministre des Finances, marque un changement de cap qui pourrait peser lourd sur les prochains mois économiques du pays.
Cap sur la rigueur monétaire et l’innovation bancaire
Le contexte n’offre aucun répit. L’inflation frôle les 20 % en glissement annuel depuis le début de l’année, selon les derniers chiffres de la BCC, affectant le pouvoir d’achat et alimentant la volatilité du franc congolais face au dollar. Cette situation impose à la nouvelle équipe dirigeante de maîtriser la création monétaire et de renforcer les interventions sur le marché des changes, alors que les réserves internationales restent sous pression, oscillant autour de 5 milliards de dollars (statistique BCC, mai 2024).
La dollarisation de l’économie reste élevée : plus de 80 % des transactions s’effectuent encore en devises, ce qui limite la portée des mesures de politique monétaire conventionnelle. Le défi pour la BCC sous l’ère Wameso sera donc d’enrayer cette dépendance, d’accélérer la bancarisation et de pousser la digitalisation des services financiers. Moins de 20 % des adultes disposent d’un compte bancaire formel (source : Banque mondiale, Global Findex 2021), freinant l’accès au crédit et l’intégration du secteur informel.
Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a insisté sur la nécessité d’une gestion disciplinée et d’une gouvernance exemplaire, en saluant la rigueur du nouveau gouverneur. Pour sa part, André Wameso mise sur le collectif, appelant ses collaborateurs à une mobilisation sans faille : la BCC n’a pas droit à l’erreur alors que la confiance des investisseurs et la crédibilité de la monnaie nationale sont en jeu.
La succession de Malangu Kabedi Mbuyi, à qui l’on doit la récente modernisation de l’institution, place la barre haut. Le nouveau gouverneur hérite d’un programme de réformes suivi de près par le FMI, qui conditionne son appui budgétaire à une stabilisation durable du cadre macroéconomique. Entre lutte contre l’inflation, maîtrise de la masse monétaire et inclusion financière, la BCC s’engage sur une ligne de crête.
Le pilotage à venir s’annonce décisif pour la trajectoire économique de la RDC, où chaque point d’inflation impacte directement la vie quotidienne des ménages. Les prochains mois diront si ce nouveau leadership saura concilier exigence technique et ambition de réforme.
— M. KOSI


