Cobalt, cuivre : pourquoi la bataille sino-américaine se joue désormais à Kinshasa

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La République démocratique du Congo s’est imposée, en 2024, comme le principal pôle d’investissement pour l’exploration minière sur le continent africain. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), la RDC attire la majorité des flux financiers nouveaux dans le secteur. Pourtant, derrière ce dynamisme apparent, un déséquilibre s’accentue : la prépondérance croissante des groupes chinois, face à la relative retenue des acteurs occidentaux, redéfinit les rapports de force sur le terrain.

Chine en position de force, États-Unis à la traîne

Sur les quinze principaux gisements de cuivre et de cobalt recensés dans le pays, la majorité se trouve désormais sous gestion ou influence chinoise. Les consortiums venus de Pékin contrôlent, directement ou via des partenariats, plus de 70 % de la production nationale de cobalt, ressource stratégique pour l’industrie mondiale des batteries et véhicules électriques (source : CSIS, ITIE RDC).
L’accord Sicomines, signé il y a une décennie, symbolise cette emprise : infrastructures en échange de concessions minières, financements rapides, mais transparence souvent contestée. En 2023, les exportations issues de ces mines contrôlées par la Chine représentaient à elles seules plus de 3,5 milliards de dollars de recettes pour le pays, soit près de la moitié des revenus miniers de la RDC selon la Banque centrale.

Face à cette présence massive, les investissements occidentaux peinent à s’installer durablement. Les initiatives américaines récentes, focalisées sur l’accompagnement technique et l’amélioration de la gouvernance, n’ont pas encore permis de rééquilibrer la donne. L’environnement juridique, les incertitudes politiques et la volatilité des cours mondiaux constituent des freins majeurs à l’arrivée de nouveaux capitaux.
Du côté congolais, le gouvernement tente de renégocier certains contrats emblématiques. La révision du code minier, la clarification de la fiscalité et le contrôle accru des exportations sont autant de leviers pour espérer une meilleure répartition des bénéfices et une montée en gamme des partenaires.

La RDC, avec ses 3,5 millions de tonnes de réserves de cobalt et plus de 20 millions de tonnes de cuivre identifiées, joue désormais un rôle pivot dans la transition énergétique globale. Reste à savoir si le pays saura transformer cet avantage minier en levier de développement industriel inclusif, tout en préservant ses intérêts face à une concurrence étrangère de plus en plus structurée.

— M. MASAMUNA

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