BMI, filiale de Fitch Solutions, estime que le nouvel arrêté congolais interdisant les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt ne devrait pas modifier sensiblement l’offre mondiale. Après Goldman Sachs et Reuters, une deuxième lecture internationale converge ainsi vers le même point. L’efficacité réelle de la mesure dépendra surtout du nombre de dérogations que Kinshasa continuera d’accorder.
L’interdiction congolaise annoncée début août avait immédiatement fait bondir le cuivre à Londres. Le contrat à trois mois avait atteint 14 369,50 USD la tonne et le prix au comptant 14 453,60 USD. Mais moins d’une semaine plus tard, les analyses internationales commencent à relativiser l’ampleur du choc physique que le nouvel arrêté pourrait provoquer.
Dans une analyse publiée le 12 août et relayée par Mining Weekly, BMI considère que la RDC ne passe pas réellement d’un marché libre à une interdiction totale. Le cabinet décrit plutôt le nouveau cadre comme le passage d’une interdiction appliquée depuis plusieurs années avec de nombreuses exemptions à une interdiction juridiquement renforcée, assortie de règles plus strictes pour les dérogations.
L’arrêté interministériel signé le 29 juin par les ministres des Mines Louis Watum Kabamba, du Commerce extérieur Julien Paluku et de l’Économie nationale Daniel Mukoko Samba interdit les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt. Il permet néanmoins des dérogations d’un an dans des circonstances qualifiées de stratégiques. Le texte remplace le dispositif de 2023 et les exemptions qui lui étaient associées.
Seulement 13 % des exportations de cuivre concernées en 2025
Le premier argument de BMI est quantitatif. Selon ses estimations, environ 13 % des exportations congolaises de cuivre en 2025 étaient contenues dans des concentrés, soit approximativement 400 000 tonnes de cuivre métal. Ce volume représente environ 1,7 % de la production minière mondiale. La majorité du cuivre congolais quitte déjà le pays sous forme de cathodes raffinées.
Les statistiques du premier trimestre 2026 renforcent cette lecture. La RDC a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. Les importations chinoises de concentrés congolais ont par ailleurs reculé de 31 % sur un an au premier semestre.
BMI ne révise donc pas à la baisse ses prévisions de production minière de cuivre en RDC pour 2026 et 2027 en raison du nouvel arrêté. Ses projections avaient déjà été réduites après les perturbations provoquées par l’incident sismique de Kamoa-Kakula, mais le cabinet ne considère pas l’interdiction des concentrés comme un facteur suffisant pour procéder à une nouvelle réduction.
Cette analyse rejoint celle de Goldman Sachs rapportée par Reuters le 11 août. La banque américaine estime elle aussi que le dispositif n’aura pas d’effet matériel sur l’équilibre mondial du cuivre. Reuters souligne que les précédentes interdictions congolaises de 2013, 2019 et 2023 avaient été assouplies par des dérogations lorsque les capacités locales de traitement étaient insuffisantes.
Les capacités de fusion progressent, mais les dérogations restent possibles
La différence avec les précédents épisodes tient toutefois à l’augmentation des capacités de traitement disponibles en RDC.
Kamoa-Kakula dispose désormais d’une fonderie d’une capacité nominale de 500 000 tonnes de cuivre par an. Ivanhoe Mines indiquait au début de 2026 vouloir traiter en priorité les concentrés de ses trois concentrateurs sur le site, avec traitement à façon des volumes excédentaires au Lualaba Copper Smelter près de Kolwezi. Le groupe estime que la transformation locale doit notamment réduire ses coûts logistiques puisque la teneur en cuivre transportée passe d’environ 45 % dans le concentré à 99,7 % dans les anodes.
BMI estime que la capacité actuellement disponible à Kamoa-Kakula pourrait même, sous certaines conditions, permettre de traiter des concentrés provenant d’autres mines si celles-ci ne parvenaient pas à obtenir de dérogation. Le cabinet présente cependant cette possibilité comme une hypothèse dépendant de la capacité excédentaire réellement disponible ainsi que de la compatibilité technique et commerciale des concentrés de tiers.
Pour le cobalt, BMI juge l’impact du nouvel arrêté encore plus faible. La RDC exporte déjà l’essentiel de son cobalt sous forme d’hydroxyde plutôt que de concentré. Le facteur réglementaire déterminant pour ce marché reste donc le système distinct de quotas d’exportation appliqué aux hydroxydes.
Le constat est ainsi de plus en plus précis. L’annonce politique d’une interdiction totale ne permet pas, à elle seule, de mesurer la quantité de concentrés qui cessera réellement de quitter le pays. Le véritable indicateur sera le volume des dérogations délivrées après le nouvel arrêté.
Si Kinshasa limite fortement ces autorisations à mesure que les capacités de fusion locales augmentent, la mesure pourra effectivement transférer davantage de transformation vers les installations congolaises. Si les exemptions restent nombreuses et couvrent une grande partie des producteurs incapables de traiter leurs concentrés localement, l’impact industriel sera beaucoup plus faible que ne le suggère le texte de l’interdiction.
La prochaine donnée à surveiller n’est donc plus seulement le tonnage total produit par la RDC. Ce sont les entreprises bénéficiant d’une dérogation, la durée de ces autorisations et les tonnes de concentrés effectivement exportées sous exemption qui permettront de mesurer la portée économique réelle du nouvel arrêté.
— Peter MOYI









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