Le 15 juillet 2024, Flory Mapamboli, économiste de formation et député national, a ramené le débat là où il compte : les chiffres. Le budget 2024 passe d’environ 16,2 milliards USD à 17,6 milliards USD, soit 44 410,1 milliards de FC. Les crédits du Parlement reculent d’environ 17 % tandis que ceux du Gouvernement progressent de plus de 24 %. Pour l’élu, la promesse de « réduction du train de vie » ne tient pas si l’effort n’est pas partagé. Son message s’appuie sur une lecture technico-budgétaire, pas sur la polémique.
Le ministre du Budget, Aimé Boji, justifie la rectification par l’installation du nouvel exécutif issu des élections de décembre 2023, la reconfiguration gouvernementale et l’intégration de priorités actualisées. S’ajoutent des chocs externes, la situation sécuritaire à l’Est, des ressources attendues de la renégociation du contrat sino-congolais et des appuis des bailleurs. La hausse nominale vise à couvrir un programme élargi. L’interrogation demeure : la coupe imposée à l’organe de contrôle pendant que l’exécutif augmente ses moyens réduit la lisibilité du signal de sobriété.
Dette en accélération, budget érodé par l’inflation : lecture technique
La trajectoire d’endettement se tend. Les séries disponibles montrent un encours passant d’environ 5,1 milliards USD en 2018 à près de 11,1 milliards USD en 2024, avec d’autres états signalant 3 à 10 milliards USD entre 2019 et 2024. Le ratio pour l’administration centrale progresse de 14,91 % du PIB fin 2021 à 16,027 % fin 2022, puis avoisine 17 % en 2024. Ce niveau demeure bas comparé à la moyenne d’Afrique subsaharienne (autour de 59 %) ou à des voisins comme la Zambie (127 %) et le Congo-Brazzaville (99 %). La soutenabilité ne se résume pas au pourcentage : tout dépend de la capacité à lever la recette, de la qualité de la dépense et du rendement des projets financés.
La composition du portefeuille reste majoritairement extérieure : 59,57 % fin décembre 2022. Avantage : moindre pression directe sur la liquidité domestique. Risque : exposition accrue aux variations de change et aux conditions des créanciers. Le Congo-Brazzaville suit une autre voie, avec 60,68 % de dette intérieure en 2024. Ce basculement réduit l’exposition au change tout en pouvant renchérir le coût du crédit pour l’économie locale. Pour la RDC, l’enjeu opérationnel consiste à lisser les échéances, éviter les murs de refinancement et flécher les emprunts vers des actifs à effet multiplicateur clair (transport, énergie, eau, filières exportatrices).
L’inflation rebat les cartes. La loi rectificative retient 10 % quand l’inflation constatée atteint 17,2 % en août. Une hausse nominale de 8,4 % des crédits perd de sa substance en termes réels. Les mêmes montants couvrent moins de biens et services ; la valeur d’exécution se contracte. Les arbitrages sectoriels deviennent plus serrés au fil de l’année, les projets décalent leurs calendriers, la programmation glisse. Sans recalibrage, la sincérité de la loi se fragilise.
Le député met aussi en cause l’égalitarisme arithmétique dans l’allocation territoriale. Kasongo-Lunda couvre 36 600 km², plus que le Rwanda ; recevoir la même dotation qu’un territoire bien plus petit ignore les coûts d’accès, l’état des routes et la dispersion des populations. Une grille uniforme produit de l’iniquité. L’exécution du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T) illustre ce besoin d’ingénierie fine : la ligne budgétaire ne suffit pas, il faut une logistique et des métriques d’impact adaptées (coût par km de route réhabilitée, temps d’accès aux services, taux de scolarisation, disponibilité énergétique).
Sur la chaîne macro-micro, Mapamboli relie les grands équilibres à la qualité des services. Sa question écrite au gouverneur de la Banque centrale du Congo sur l’application de l’Instruction n° 37 rappelle que la réglementation sur les frais bancaires doit se traduire par des gains concrets pour les clients. La crédibilité financière se mesure aussi à ces éléments tangibles dans la relation banques-usagers.
Au plan budgétaire, trois axes ressortent :
- Partage de l’effort. Si la réduction du « train de vie » s’applique, elle doit couvrir toutes les institutions, sans exemption implicite. Une coupe ciblée sur le législatif tandis que l’exécutif progresse brouille le message de discipline.
- Ciblage territorial. L’allocation doit intégrer la surface, la densité, l’accessibilité, les contraintes sécuritaires. À défaut, les dotations s’évaporent dans les coûts fixes d’acheminement et l’impact reste faible.
- Qualité de la dépense et rendement de la dette. Un ratio d’environ 17 % du PIB ne garantit rien si l’emprunt finance des charges plutôt que des actifs productifs. Chaque dollar doit générer des flux mesurables : baisse des coûts logistiques, hausse des exportations, recettes fiscales additionnelles. Sans ces retours, la charge d’intérêt pèse plus vite que la croissance de la base taxable.
Le cadrage 2024 ouvre une fenêtre d’ajustement. Transparence des arbitrages, revue de portefeuille pour éliminer les dépenses à faible impact, priorisation des projets à gains rapides (routes de desserte, énergie de base, eau) et suivi public de l’exécution par territoire. La combinaison avec les ressources promises (renégociation du contrat sino-congolais, appuis budgétaires) doit être conditionnée à des indicateurs d’impact précis et vérifiables.
Le message de Mapamboli ramène la discussion à l’essentiel : cohérence entre l’annonce d’austérité, la structure des allocations et la réalité vécue dans les territoires. Sans cette cohérence, la progression des crédits reste comptable, l’inflation rogne la valeur, la dette grimpe plus vite que la capacité à la servir. Avec elle, le budget redevient un instrument, pas une simple addition.
— Peter MOYI


