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RDC : inflation sous les 3 % et franc congolais défendu par des taux très élevés

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Au 1ᵉʳ décembre 2025, la Banque centrale du Congo (BCC) affiche une inflation autour de 2 % sur un an et un dollar fixé à 2 218,72 CDF. La monnaie reste globalement stable, tenue par une politique de taux d’intérêt très élevés en francs congolais.

Une stabilité monétaire soutenue par des taux réels très positifs

Le dernier tableau de bord de la BCC place le cours indicatif du dollar à 1 USD = 2 218,7205 CDF. Le 26 novembre, il était autour de 2 200,62 CDF. En cinq jours, le franc perd donc près de 0,8 % face au billet vert.

La correction reste limitée. À la fin octobre, le taux dépassait 2 230 CDF pour 1 USD. Le franc se situe donc toujours dans le bas de la fourchette observée sur le trimestre, ce qui traduit une forme de stabilité après plusieurs mois de tensions sur le marché de change.

Les autres grandes devises se positionnent de la manière suivante :

  • 1 EUR = 2 570,4863 CDF
  • 1 GBP = 2 933,8157 CDF
  • 1 CHF = 2 756,9204 CDF
  • 1 CNY ≈ 313,4980 CDF
  • 1 ZAR = 129,2375 CDF

Ces niveaux reflètent surtout la force de ces monnaies par rapport au dollar sur le marché international. En CDF, l’euro et la livre restent élevés, alors que le rand sud-africain ou le yuan chinois occupent des zones plus basses.

Sur le front des prix, les indicateurs arrêtés au 22 novembre 2025 montrent une inflation toujours maîtrisée :

  • inflation hebdomadaire : 0,030 %
  • cumul hebdomadaire : 0,055 %
  • cumul annuel : 1,481 %
  • glissement annuel : 2,255 %
  • inflation annualisée : 1,640 %

Le « glissement annuel » mesure la hausse de l’indice des prix entre novembre 2024 et novembre 2025. Avec un niveau légèrement supérieur à 2 %, la RDC évolue dans un environnement de prix relativement calme pour une économie très dollarisée et dépendante des importations.

Deux éléments jouent ici un rôle central : la baisse graduelle des prix des carburants et la capacité de la BCC à maintenir le franc congolais dans une bande étroite face au dollar. Moins de volatilité sur le taux de change signifie une transmission plus lente des chocs extérieurs aux prix intérieurs, en particulier sur les produits importés et le transport.

Pour les ménages, la hausse du coût de la vie n’a pas disparu, mais elle progresse à un rythme plus lent qu’au cours des années de forte inflation. Pour les importateurs, cette configuration réduit les à-coups sur les coûts d’approvisionnement et facilite la planification des commandes, même si la faiblesse du pouvoir d’achat limite la demande.

L’autre pièce maîtresse du dispositif se trouve du côté des Bons BCC. Au 26 novembre 2025, la structure des taux se présente ainsi :

  • 7 jours : TMP 12,62 % – Tm 17,50 %
  • 28 jours : TMP 15,00 % – Tm 17,00 %
  • 84 jours : TMP 14,76 % – Tm 17,50 %

Les taux moyens pondérés (TMP) sur 28 et 84 jours ont légèrement reculé par rapport à la mi-novembre, signe d’un petit ajustement sur les maturités un peu plus longues. Mais le message central reste inchangé : les taux plafonds (Tm) tournent autour de 17 %, nettement au-dessus d’une inflation qui gravite autour de 2 %.

Autrement dit, la BCC offre des taux réels fortement positifs en monnaie locale. Pour les banques, les sociétés d’assurance et les autres investisseurs institutionnels, le signal est clair : garder des positions en CDF est attractif, car la rémunération nette d’inflation reste très élevée. Cette stratégie encourage la détention d’actifs en francs congolais et limite la pression immédiate sur le marché du dollar.

Cette défense du franc a un prix. Des taux directeurs et des rendements sur Bons BCC à deux chiffres renchérissent le crédit. Les entreprises qui souhaitent se financer en monnaie locale se heurtent à un coût du capital très lourd. Les projets d’investissement doivent générer des marges importantes pour absorber des taux proches ou supérieurs à 17 %, ce qui exclut de fait une partie des petites et moyennes entreprises du crédit formel.

Pour l’État, le dilemme est le même : se financer sur le marché intérieur signifie accepter des charges d’intérêts élevées, ce qui pèse sur la gestion budgétaire. À l’inverse, une détente trop rapide de la politique monétaire risquerait de relancer la demande de devises et d’ancrer à nouveau les anticipations d’inflation à la hausse.

Au total, le signal qui ressort de ce tableau de bord est double. La BCC parvient, pour l’instant, à maintenir un franc relativement stable et une inflation sous les 3 %, grâce à une combinaison de taux élevés et d’interventions ciblées sur le marché de change. Mais cette stratégie impose un environnement financier dur, où le coût du crédit reste un frein sérieux pour le secteur productif.

Le défi des prochains mois sera de savoir si la Banque centrale peut progressivement relâcher l’étau sur les taux tout en conservant cette stabilité du franc, afin de laisser davantage d’espace à l’investissement, sans raviver les tensions sur les prix et le marché parallèle.

M. KOSI

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