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RDC : Kinshasa lance un dialogue national pour réformer la gouvernance minière en zones de conflit

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Le secteur minier congolais, pilier de l’économie nationale, reste profondément marqué par l’instabilité dans l’Est du pays. Face à cette situation, Kinshasa a lancé ce 15 avril 2025 un dialogue national inédit sur la gouvernance des ressources en contexte de conflit. Cette rencontre, tenue sous le chapiteau du Pullman Grand Hôtel, réunit les figures politiques clés, des acteurs de la société civile et plusieurs partenaires techniques internationaux.

Kizito Pakabomba, ministre des Mines, a souligné dès son intervention la nécessité d’une gouvernance qui rompe avec les pratiques opaques et violentes. Selon lui, « la paix ne peut s’imaginer sans justice dans la gestion des ressources », en écho aux tensions et violences alimentées par l’exploitation des minerais dans les provinces orientales. Il s’agit pour le Gouvernement de revoir en profondeur les mécanismes de contrôle, de distribution des revenus, et de redevabilité sociale.

La Première ministre Judith Suminwa Tuluka, également présente, a insisté sur une stratégie de reconquête de la souveraineté sur les ressources du sous-sol, trop souvent captées par des circuits échappant à l’État. Dans un discours sans détour, elle a rappelé que la présence de l’État sur l’ensemble du territoire ne sera réelle que si elle s’incarne dans la gestion des richesses minières.

Le dialogue, appuyé par des partenaires comme la GIZ, l’Ambassade d’Allemagne, le Royaume des Pays-Bas et l’ONG Ressource Matters, vise à mettre à plat les pratiques de terrain et à intégrer les revendications locales dans les réformes. Ces appuis extérieurs témoignent d’un intérêt croissant pour une gouvernance inclusive, loin des logiques extractivistes du passé. Plusieurs ateliers thématiques prévoient d’aborder notamment les chaînes de traçabilité, le partage équitable des bénéfices, et l’implication des communautés riveraines.

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À titre d’exemple, selon les données du ministère des Finances, les recettes minières ont représenté près de 38 % des revenus budgétaires en 2024, mais avec un retour local extrêmement faible dans les zones d’extraction. Cette asymétrie nourrit le mécontentement et alimente les groupes armés. Le défi est donc double : restaurer la confiance des populations tout en consolidant un cadre institutionnel qui limite les détournements.

Le ministre Kizito Pakabomba, en position de coordination technique, mise sur les conclusions de ce dialogue pour bâtir une politique minière qui serve enfin l’intérêt collectif. L’ambition affichée est de transformer un secteur trop souvent à l’origine des tensions en moteur de reconstruction nationale.

Alors que les conflits perdurent dans le Nord-Kivu et l’Ituri, l’État congolais tente une approche nouvelle : associer la paix à une meilleure gestion des ressources. Reste à savoir si les résolutions de Kinshasa se traduiront, cette fois, par des actes dans les territoires.

— M. MATUVOVANGA

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