RDC : la licence BCC dès 2 500 USD relance le débat sur les coûts du commerce extérieur

La réglementation de change impose une licence préalable pour toute importation d’au moins 2 500 USD en RDC. Pour l’économiste monétariste André Mutundu, ce dispositif vise à protéger les réserves de change, mais il pousserait une partie des opérateurs vers des circuits moins visibles pour l’État.

La Rédaction

La réglementation de change impose une licence préalable pour toute importation d’au moins 2 500 USD en RDC. Pour l’économiste monétariste André Mutundu, ce dispositif vise à protéger les réserves de change, mais il pousserait une partie des opérateurs vers des circuits moins visibles pour l’État.

La réglementation de change en République démocratique du Congo revient dans le débat économique. André Mutundu, économiste monétariste et consultant financier chez Claymagh, estime que l’obligation de passer par une licence préalable de la Banque centrale du Congo pour toute importation égale ou supérieure à 2 500 USD crée des effets contraires à l’objectif recherché. Ce cadre, prévu notamment par l’instruction n°24 de la BCC du 20 juin 2018, a pour but de suivre les sorties de devises, de protéger les réserves de change et de garder une meilleure maîtrise des paiements effectués vers l’étranger.

Dans une économie fortement dollarisée, ce suivi reste important pour la stabilité du franc congolais. Mais sur le terrain, selon André Mutundu, cette exigence devient une contrainte pour plusieurs commerçants. Certains opérateurs chercheraient à éviter la procédure officielle, jugée lourde ou peu adaptée à la réalité du commerce. Le résultat est préoccupant : l’importation a bien lieu, la marchandise entre au pays, mais le paiement échappe aux banques congolaises et à la traçabilité de la BCC.

Des paiements qui sortent du circuit bancaire congolais

L’économiste cite trois circuits utilisés par certains importateurs. Le premier passe par un compte bancaire ouvert en Tanzanie. L’opérateur paie alors son fournisseur chinois ou dubaïote depuis ce pays, sans domiciliation bancaire en RDC. Le deuxième repose sur le mobile money transfrontalier, avec des transferts vers un portefeuille électronique en Tanzanie, suivis d’un retrait en dollars à Dar es Salaam. Le troisième canal passe par les changeurs et les réseaux informels. Dans l’exemple donné par André Mutundu, un commerçant remet l’équivalent de 100 000 USD en francs congolais à Lubumbashi, puis le correspondant du changeur à Dar es Salaam paie le fournisseur en dollars.

Pour la RDC, le manque à gagner peut se situer à plusieurs niveaux. D’abord à la frontière, lorsque la marchandise est sous-déclarée ou présentée avec une facture minorée. Une cargaison achetée à 100 000 USD peut, selon l’exemple avancé, être déclarée à 2 000 USD. Dans ce cas, les droits et taxes perçus par l’État baissent fortement. Ensuite, les banques locales perdent les commissions liées aux paiements internationaux, car l’opération est traitée ailleurs. L’État perd aussi une partie de la fiscalité qui aurait pu être générée par l’activité bancaire réalisée en RDC.

Le troisième effet touche la politique monétaire. Quand les paiements passent par des circuits parallèles, la BCC perd une partie de sa capacité à mesurer les besoins réels en devises. Cette perte de visibilité complique le suivi du marché des changes et peut peser sur les décisions prises pour stabiliser le franc congolais. Autrement dit, le pays importe les produits, mais une partie des flux financiers et des recettes reste hors du système congolais.

André Mutundu ne plaide pas pour la suppression du contrôle, mais pour son adaptation. Il appelle la BCC, le ministère du Commerce extérieur et le ministère des Finances à ouvrir un échange technique avec les opérateurs économiques, en particulier ceux actifs à Lubumbashi dans les secteurs commercial, industriel et financier. Pour lui, la réponse doit passer par moins de lourdeurs administratives, plus de digitalisation et un meilleur accompagnement des importateurs afin de les maintenir dans le circuit officiel. La vraie question est donc de savoir comment protéger les réserves de change sans pousser les commerçants vers l’informel.

M. KOSI

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