Le cuivre aborde le second semestre autour de 13 500 USD la tonne, après un record supérieur à 14 500 USD en janvier. Le cobalt se maintient près de 26 USD la livre sous l’effet des quotas congolais, qui limitent les exportations à 96 600 tonnes par an en 2026 et 2027.
Le marché mondial des métaux stratégiques entame le second semestre 2026 avec deux configurations différentes. Le cuivre reste porté par des contraintes d’offre et par les besoins liés aux réseaux électriques, aux centres de données et aux véhicules électriques. Le cobalt évolue dans un marché directement influencé par la politique d’exportation de la République démocratique du Congo. Dans les deux cas, parler d’une simple stabilisation masquerait les tensions qui persistent entre la disponibilité physique des minerais, la capacité de transformation et la demande industrielle.
À la mi-juillet, le cuivre au London Metal Exchange évoluait autour de 13 500 USD la tonne, contre un sommet historique de 14 527,50 USD atteint en janvier. Cette baisse par rapport au record ressemble davantage à une consolidation qu’à un retour vers les niveaux antérieurs. Elle place aussi le métal au-dessus de plusieurs prévisions formulées en début d’année. Une enquête Reuters auprès de 31 analystes retenait une moyenne de 11 975 USD pour l’ensemble de 2026, tandis que Goldman Sachs projetait encore en avril un prix moyen de 12 650 USD. Ces écarts montrent que le marché reste difficile à prévoir et que la fourchette de 10 000 à 11 750 USD ne constitue plus une référence suffisante pour décrire les cours observés au début du second semestre.
Le cuivre raffiné reste disponible, mais les concentrés se raréfient
La tension la plus visible se situe en amont des raffineries. Les frais de traitement et d’affinage payés aux fonderies ont chuté de 80 USD la tonne en 2024 à 21,25 USD en 2025, avant de tomber à zéro pour les contrats de référence de 2026. Sur le marché spot, ces frais sont devenus négatifs, ce qui signifie que certaines fonderies acceptent de payer les producteurs pour obtenir du concentré à transformer. Cette situation reflète une concurrence intense entre les capacités de fusion, particulièrement en Chine, face à une offre minière qui progresse moins rapidement.
Plusieurs grands producteurs signalent des difficultés opérationnelles. BHP prévoit une baisse pouvant atteindre 15,5 % sur certaines opérations en raison de la diminution des teneurs à Escondida et de problèmes rencontrés à Carrapateena. Rio Tinto a enregistré une baisse trimestrielle de 7 % de sa production de cuivre, tandis que Codelco anticipe une production relativement stable dans les prochaines années à cause des retards et des surcoûts de ses projets. Ces éléments ne signifient pas que le marché manque immédiatement de cuivre raffiné dans toutes les régions. Ils montrent toutefois que la matière première nécessaire aux fonderies devient plus difficile et plus coûteuse à sécuriser.
La demande structurelle continue d’apporter un soutien aux prix. S&P Global estime que les besoins en cuivre des centres de données pourraient passer de 1,1 million de tonnes en 2025 à 2,5 millions de tonnes en 2040. L’intelligence artificielle représenterait 58 % de la consommation de cuivre des centres de données en 2030. À cela s’ajoutent la modernisation des réseaux, les énergies renouvelables et les véhicules électriques, dont la consommation annuelle de cuivre pourrait progresser de 2,6 millions à 6,3 millions de tonnes entre 2025 et 2040.
Pour la RDC, cette configuration offre des perspectives de recettes plus élevées, mais elle expose aussi les limites de la stratégie fondée sur les seuls volumes extraits. Des prix élevés ne garantissent pas une augmentation automatique de la production lorsque les mines sont confrontées aux déficits d’électricité, aux difficultés logistiques ou aux besoins d’investissements supplémentaires. La valeur captée par le pays dépendra également de sa capacité à transformer davantage de cuivre, à sécuriser les infrastructures énergétiques et à limiter les pertes liées aux conditions commerciales entre producteurs et acheteurs.
Le cobalt reste soutenu par les restrictions congolaises
Le cobalt évolue dans un marché encore plus administré. Son prix a progressé d’environ 160 % depuis février 2025 pour atteindre près de 26 USD la livre au premier semestre 2026. Cette hausse résulte principalement de la suspension des exportations décidée par la RDC, puis de leur remplacement par un système de quotas. Kinshasa autorise un maximum de 96 600 tonnes d’exportations par an en 2026 et 2027, dont 87 000 tonnes attribuées aux producteurs et 9 600 tonnes réservées à des objectifs stratégiques.
La relative stabilité des prix observée depuis le début de 2026 ne signifie donc pas que l’offre et la demande ont retrouvé un équilibre naturel. Elle traduit plutôt un marché maintenu sous contrainte par la politique congolaise. Fin juin, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques a décidé de retirer les quotas non utilisés au premier semestre pour les réaffecter à une entité contrôlée par l’État. Cette décision renforce la capacité de la RDC à contrôler les volumes disponibles sur le marché international.
L’Indonésie constitue une source croissante de cobalt produit comme sous-produit du nickel et peut réduire partiellement la dépendance des acheteurs envers la RDC. Elle ne représente toutefois pas encore un substitut complet. Les raffineries indonésiennes sont elles-mêmes confrontées à des restrictions sur les quotas miniers et à des difficultés d’approvisionnement en acide sulfurique. La demande de cobalt demeure soutenue par les batteries, mais aussi par les alliages utilisés dans l’aérospatiale, la défense et certaines applications industrielles où les possibilités de substitution restent limitées.
Le second semestre 2026 devrait donc rester favorable aux producteurs de cuivre et de cobalt, sans garantir une progression régulière des prix. Pour la RDC, l’indicateur déterminant ne sera pas seulement le niveau des cours, mais la capacité à convertir cette conjoncture en recettes publiques, en transformation locale et en investissements énergétiques. Le cuivre dépendra de l’évolution des mines et de la demande industrielle, tandis que le cobalt restera étroitement lié à l’application des quotas et aux volumes réellement autorisés à l’exportation.
— Joldie KAKESA









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