Depuis juillet 2025, les recettes fiscales mensuelles liées aux produits pétroliers en République démocratique du Congo sont passées de 4 à 70 milliards de francs congolais. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, attribue cette hausse à une réforme qui réduit les exonérations et les facilités de paiement à l’importation.
Lundi 22 décembre 2025, au Centre financier de Kinshasa, le ministre a présenté ces mesures lors d’une conférence de presse consacrée aux solutions retenues pour limiter la baisse des recettes publiques. À ses côtés se trouvaient le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, et le représentant résident du Fonds monétaire international (FMI), René Tapsoba.
La prise de parole s’inscrivait aussi dans un moment de clarification sur les engagements du pays auprès du FMI. L’institution a rendu publiques, le 19 décembre 2025, ses conclusions sur la deuxième revue de l’accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et sur la première revue de l’accord au titre de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Concrètement, il s’agit d’évaluations périodiques : le FMI vérifie si les mesures annoncées sont appliquées, et si les objectifs budgétaires et économiques tiennent.
La mesure au cœur de l’annonce concerne la « dépense fiscale » appliquée au secteur pétrolier. Ce terme désigne, dans les faits, les recettes que l’État renonce à percevoir quand il accorde des exonérations ou des avantages fiscaux. Selon le ministre, la suspension de certaines exonérations et de certaines facilités de paiement à l’importation des produits pétroliers a eu un effet direct sur la collecte.
Qui paie le prix réel, et qui garde la subvention
Le ministre a insisté sur un point : la réforme touche particulièrement les opérateurs du secteur minier. Ces opérateurs, a-t-il expliqué, sont désormais tenus de s’approvisionner en carburants au prix réel du marché. Autrement dit, ils ne bénéficient plus du mécanisme de subvention.
Ce mécanisme, selon les autorités, est réservé à la protection du pouvoir d’achat des ménages. L’idée est simple : quand l’État subventionne un produit comme le carburant, il prend en charge une partie du coût pour éviter que le prix final ne grimpe trop vite pour les familles. Dans le discours officiel, le pétrole reste un produit stratégique, parce qu’il influence le transport, l’électricité dans certains circuits, et le coût de nombreuses activités économiques.
La réforme vise donc à mieux cibler qui profite de l’effort public. Pour le gouvernement, faire payer le « vrai prix » aux gros consommateurs, comme certains acteurs industriels, permet de réduire la part de subvention qui profite à des structures capables d’absorber la hausse, et d’augmenter en même temps les recettes fiscales liées aux importations.
Le ministre Doudou Fwamba Likunde a annoncé que l’exécutif veut aller plus loin. Une réflexion est en cours pour exclure des subventions les personnes disposant d’un revenu mensuel supérieur à 5 000 dollars américains. L’objectif affiché est de préserver la capacité de l’État à mobiliser davantage de recettes sur les produits pétroliers, en limitant les dépenses de soutien là où elles ne sont pas jugées prioritaires.
Cette orientation pose une question très concrète : comment identifier les bénéficiaires et appliquer un ciblage sans créer de nouvelles inégalités de traitement. Sur ce point, le ministre n’a pas détaillé le mécanisme opérationnel lors de la conférence, mais il a présenté l’option comme une étape logique dans la continuité de la réforme de la dépense fiscale.
Le contexte général pèse sur ces choix. Les autorités reconnaissent que la situation sécuritaire dans l’Est du pays reste difficile. Elles soutiennent malgré tout que l’économie congolaise a montré une capacité à tenir, tout en admettant que la pression sur les finances publiques s’accentue. Quand les dépenses liées à la sécurité augmentent et que l’État doit continuer à financer les services de base, la marge de manœuvre budgétaire se réduit vite.
Dans ce cadre, les recommandations du FMI portent sur la tenue des comptes publics et la cohérence de l’action économique. L’institution appelle au maintien d’une discipline budgétaire rigoureuse, à une meilleure coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, et à l’accélération des réformes structurelles. En termes simples, cela signifie : dépenser en fonction des recettes attendues, éviter des décisions qui alimentent l’instabilité des prix ou du taux de change, et corriger des blocages de fond qui freinent la collecte et l’efficacité de la dépense publique.
Pour le ministre des Finances, la hausse des recettes fiscales sur les produits pétroliers est présentée comme un indicateur des efforts du gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa pour renforcer la mobilisation des ressources internes et poursuivre les réformes engagées avec les partenaires, dont le FMI.
— M. MASAMUNA


