La République démocratique du Congo affiche pour 2025 une croissance estimée à 5,6 %, un rythme supérieur à celui de l’Afrique subsaharienne, attendu entre 3,8 % et 4,1 %. Devant le Parlement réuni à Kinshasa, le président Félix Antoine Tshisekedi a présenté une économie portée par le secteur minier, mais aussi par une progression progressive des activités non extractives et un franc congolais nettement plus ferme face au dollar.
Derrière les chiffres, ce que disent les comptes publics
Dans son discours sur l’état de la nation, le chef de l’État a insisté sur un point central, la RDC croît plus vite que la moyenne régionale. Cette performance repose d’abord sur les exportations minières, qui restent le moteur principal de la richesse produite. Mais le président met aussi en avant la montée en puissance de secteurs hors mines, ce qui répond à l’objectif de réduire la dépendance aux matières premières et de bâtir une économie plus diversifiée et plus inclusive.
Cette trajectoire économique est rattachée au programme d’action du gouvernement 2024 2028. Celui ci promet plus de pouvoir d’achat, davantage d’emplois et une économie jugée plus compétitive. Le chef de l’État présente les résultats budgétaires de 2025 comme une première traduction concrète de cette feuille de route.
Sur le plan des finances publiques, le Trésor a mobilisé environ 25 014,6 milliards de francs congolais de recettes sur l’ensemble de l’année 2025. Les dépenses se sont élevées à près de 29 200,2 milliards de francs congolais. L’écart entre les deux représente un déficit d’environ 4 185,6 milliards de francs congolais. Rapporté aux recettes, ce déficit tourne autour de 16,7 %. Autrement dit, l’État dépense nettement plus qu’il ne collecte, mais le pouvoir met en avant le contexte particulier, guerre dans l’Est et financement du Programme de développement local des 145 territoires.
Le discours insiste sur la manière dont ces recettes sont désormais collectées. La généralisation de la facture normalisée pour la TVA et la digitalisation de la chaîne de perception fiscale doivent réduire les fuites et élargir l’assiette. Chaque transaction formelle laisse une trace, ce qui facilite le contrôle et renforce, en théorie, la capacité de l’État à financer ses politiques publiques sans recourir systématiquement à la planche à billets ou à un endettement incontrôlé.
Un autre signal fort vient du marché de change. Le président annonce une appréciation du franc congolais d’environ 29 % par rapport au dollar au cours de l’année 2025, aussi bien sur le marché interbancaire que sur le marché parallèle. Pour le citoyen, un franc plus solide signifie une pression moindre sur les prix des produits importés, du carburant à une partie des denrées alimentaires. Pour la Banque centrale, cette évolution reflète une meilleure coordination entre la politique monétaire et la politique budgétaire, même si cette appréciation reste fragile dans un contexte marqué par l’insécurité et la forte dépendance aux exportations minières.
Les réserves de change atteignent près de 7,4 milliards de dollars, soit l’équivalent d’environ trois mois d’importations de biens et services. Ce niveau correspond aux standards de viabilité du Fonds monétaire international. Concrètement, il offre un coussin de sécurité en cas de choc externe, par exemple une chute brutale des cours des matières premières ou une tension soudaine sur le marché des devises.
La balance des biens reste excédentaire, avec un surplus provisoire estimé à 9,9 milliards de dollars à fin août 2025. Ce chiffre signifie que le pays exporte beaucoup plus de biens qu’il n’en importe, principalement grâce aux mines. Cet excédent alimente les réserves de change et soutient la stabilité de la monnaie, mais il rappelle aussi la forte concentration de la richesse sur quelques produits et sur certaines zones minières. La question de la redistribution et de l’intégration de cette richesse dans le reste de l’économie demeure centrale.
Le président a enfin détaillé le cadrage du budget 2026. Le projet de Loi de finances est fixé à 59 020,5 milliards de francs congolais, soit environ 20,3 milliards de dollars. Ce niveau représente une hausse de 16,4 % par rapport au budget rectificatif 2025, arrêté à 50 691,8 milliards de francs congolais, soit près de 17,7 milliards de dollars. L’exécutif y voit la preuve de sa volonté de consolider la stabilité macroéconomique et de maintenir une trajectoire de dépenses jugée soutenable.
D’un point de vue technique, cette augmentation de l’enveloppe budgétaire suppose que la tendance actuelle en matière de mobilisation des recettes se confirme, voire s’améliore. Elle suppose aussi que la discipline dans la dépense publique reste effective, afin que le déficit ne dérape pas et ne ravive pas les tensions sur l’inflation ou sur le marché de change. C’est là que se joue la crédibilité de la stratégie affichée, une croissance soutenue, un franc plus stable, un budget en expansion, tout en gardant l’équilibre entre sécurité, investissements de long terme et attentes sociales immédiates.
M. KOSI



