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Réforme de la PNC : 2,3 milliards USD mobilisés pour renforcer la sécurité intérieure d’ici 2029

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L’Assemblée nationale a ouvert la voie à une transformation profonde de la Police nationale congolaise. Estimée à 2,3 milliards de dollars américains, la réforme, prévue sur la période 2025-2029, a été présentée par le Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, le 15 mai 2025. Elle est désormais entre les mains de la Commission Défense et Sécurité pour un examen technique.

Ce programme, parmi les plus ambitieux jamais envisagés dans le secteur sécuritaire, repose sur une refonte institutionnelle, une montée en compétence des agents et un repositionnement du lien entre la population et les forces de l’ordre. Il prévoit le recrutement de 90.000 nouveaux policiers en cinq ans, avec un dispositif rigoureux de formation adapté aux exigences modernes de maintien de l’ordre. À cela s’ajoute la mise à la retraite de 10.000 agents d’ici 2028 afin de renouveler l’effectif et d’introduire de nouvelles méthodes de travail.

Ce plan est accompagné d’un important volet logistique : des véhicules seront mis à disposition des administrateurs de territoire, des unités spécialisées seront dotées de matériel anti-émeutes, et les moyens de communication seront renforcés pour améliorer la coordination sur le terrain. Ces équipements visent à améliorer la capacité opérationnelle des services, souvent dépassés dans les zones à haut risque.

Les déséquilibres dans la répartition des effectifs ont été clairement reconnus. Des provinces comme le Kwango, la Tshuapa, le Haut-Lomami ou l’Ituri sont particulièrement ciblées pour bénéficier de cette réforme. Dans le Kwango, le déficit humain est tel qu’un redéploiement prioritaire est déjà à l’étude. Cette attention ciblée traduit une volonté de corriger les inégalités régionales en matière de sécurité.

Jacquemain Shabani a insisté sur le fait que cette réforme ne se limite pas à un volet technique. L’une des ambitions affichées est de restaurer la confiance entre la police et les citoyens. Pour y parvenir, le gouvernement souhaite promouvoir une police de proximité, mieux formée aux questions de droits humains, et plus attentive aux besoins concrets des populations. La relance de mécanismes de dialogue, notamment par la réactivation des comités locaux de concertation, est envisagée pour prévenir les tensions et renforcer la légitimité des interventions policières.

En approuvant la recevabilité du texte, l’Assemblée nationale a exprimé un engagement clair en faveur d’un repositionnement de l’appareil sécuritaire. Mais les défis restent nombreux. Le financement de 2,3 milliards USD devra être réparti de manière équilibrée sur cinq ans. Sa bonne exécution dépendra non seulement de la mobilisation des ressources internes, mais aussi du soutien des partenaires extérieurs, à condition que la transparence dans la gestion des fonds soit assurée.

La Commission « Défense et sécurité » aura la lourde tâche de réviser les lignes budgétaires, d’établir un chronogramme réaliste et de fixer les indicateurs d’évaluation. Car l’enjeu, au-delà des chiffres, est de bâtir une force publique plus présente, mieux respectée et véritablement au service des citoyens.

Le projet de réforme pourrait marquer une étape clé dans la réorganisation de la sécurité intérieure. S’il parvient à dépasser les blocages habituels et à s’inscrire dans la durée, il pourrait constituer l’un des leviers essentiels pour stabiliser durablement le pays.

Peter MOYI

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