La réappropriation économique du secteur minier congolais n’est plus un simple slogan. Lundi 28 juillet, 138 professionnels – avocats, mandataires en mines, dirigeants d’entreprise – se sont retrouvés à Lubumbashi, dans la salle BUKAVU du Pullman Karavia, pour une édition très attendue du Café Juridique orchestré par le CAMI. Sur la table, un sujet à la fois sensible et fondamental : comment traduire dans les faits le renforcement du rôle de l’État et des nationaux dans la gestion des ressources minières ?
Sous la houlette de Cim’s MULUNGULUNGU NACHINDA, directeur juridique du CAMI, la Direction Générale a réuni autour de Popol MABOLIA YENGA, Directeur Général, un public varié prêt à confronter points de vue et expertise. Un débat qui s’inscrit dans une actualité brûlante, alors que la RDC multiplie les annonces sur la gouvernance et la transparence des contrats miniers.

Au fil des discussions, un constat s’impose : si le Code Minier congolais prévoit une série de dispositifs pour garantir une meilleure participation locale, l’application sur le terrain reste laborieuse. Pourquoi ? Entre obstacles administratifs, failles de contrôle et intérêts croisés, chaque étape soulève son lot de questions. “Il ne suffit pas de modifier la loi pour que la réalité économique change”, glisse un avocat présent dans la salle. Beaucoup citent l’exemple des joint-ventures, censées favoriser les partenariats entre investisseurs étrangers et sociétés congolaises, mais qui, dans les faits, profitent souvent à des structures écran.
Le Code Minier, révisé en 2018, impose pourtant une prise de participation de l’État et des personnes physiques ou morales congolaises dans chaque projet. Selon une analyse de la Banque mondiale, cette disposition – saluée sur le papier – se heurte à la complexité des montages financiers et à la pression internationale pour sécuriser l’approvisionnement en minerais stratégiques comme le cobalt ou le cuivre. D’après les derniers chiffres de la Banque centrale, les revenus du secteur minier ont progressé de 27 % en 2024, mais la part réinvestie localement demeure faible, à peine 15 % selon l’Observatoire congolais de la Gouvernance minière.
La question de la formation et de la montée en compétences des cadres congolais s’est invitée dans le débat. Les participants ont pointé la nécessité de renforcer le contrôle de la chaîne de valeur, depuis l’octroi des titres jusqu’à l’exportation. Une exigence relayée par plusieurs institutions internationales, dont l’ITIE, qui pressent la RDC d’améliorer la traçabilité et la transparence.
Cette 2ᵉ édition du Café Juridique aura permis d’identifier les zones de friction, mais aussi de suggérer quelques pistes de solutions. Meilleure coordination entre agences, contrôle accru des sociétés écrans, accélération de la digitalisation du cadastre minier… Le tout dans un contexte où la demande mondiale pour les “minerais de transition” pousse les acteurs à innover tout en préservant les intérêts congolais.
En filigrane, la rencontre a mis en avant un défi de taille : transformer les ambitions affichées dans les textes en réalités tangibles pour l’économie nationale et les communautés locales. Un défi à la mesure des enjeux du secteur minier, qui reste le principal moteur de croissance du pays.
— M. KOSI


