L’actualité économique a basculé, ce 29 juillet à Mbuji-Mayi, alors que le Kasaï-Oriental lançait officiellement son chantier d’attractivité pour les capitaux privés. Depuis l’ouverture remarquée de l’antenne locale de l’ANAPI, la province tente de changer son image : plus question d’être reléguée au second plan des flux d’investissements. Place à une nouvelle approche, où l’initiative locale s’associe à une stratégie nationale pensée pour séduire investisseurs et partenaires.
Sur place, le signal est fort : Pierre Kanika, bras droit de la Direction de l’Agence Nationale pour la Promotion des Investissements, coordonne une équipe missionnée pour cartographier, secteur par secteur, tout ce qui peut constituer une valeur ajoutée pour la région. Agriculture, mines, services : aucun segment ne sera laissé de côté. L’objectif affiché n’est pas mince : présenter un Kasaï-Oriental attractif, lisible et prêt à accueillir des projets concrets, venus aussi bien de Kinshasa que d’autres horizons.
L’événement ne se limite pas à une visite de courtoisie. Il s’appuie sur le Plan de Travail Budgétisé Annuel 2025 de l’ANAPI, donnant un cadre et des moyens à cette opération de séduction économique. Pour la province, c’est aussi l’occasion de s’offrir une vitrine plus structurée, grâce à la collecte systématique de données et à l’analyse des conditions règlementaires. « La porte du Kasaï-Oriental s’ouvre désormais à ceux qui veulent bâtir ici », martèle la Directrice Générale de l’ANAPI, Rachel Pungu Luamba. Sa présence, le jour de l’inauguration, n’a pas échappé aux décideurs locaux, tout comme l’implication du ministre provincial du Plan, venu sceller le lancement de la mission.
Huit jours durant, les réunions vont s’enchaîner : ateliers de réflexion, sessions de travail avec des experts, échanges avec des opérateurs économiques parfois méfiants mais de plus en plus curieux. L’équipe de l’ANAPI mise sur la proximité pour convaincre, adaptant ses supports à chaque public rencontré. À la clé, la création d’une base de données actualisée, mais surtout l’identification de projets susceptibles de fédérer l’intérêt autour de la province. Certains évoquent déjà des forums provinciaux qui serviront de rampe de lancement pour des partenariats nouveaux.
Le Kasaï-Oriental, longtemps perçu comme une région périphérique dans le concert économique congolais, entend s’inspirer des expériences voisines. D’autres provinces, comme l’Ituri ou le Kongo Central, profiteront bientôt de la même démarche : dix au total, selon le calendrier arrêté par l’ANAPI pour 2025. Cette extension traduit une volonté politique d’équilibrer les opportunités sur l’ensemble du territoire national, mais aussi de sortir de la logique du « tout-Kinshasa » souvent dénoncée par les acteurs économiques de l’intérieur.
Si la réussite de l’initiative dépendra autant de la qualité des projets que de la confiance instaurée, la démarche a déjà le mérite de mobiliser les énergies. Selon la Banque africaine de développement, les investissements directs étrangers en RDC restent concentrés à plus de 65 % dans les secteurs minier et pétrolier, avec peu de retombées sur les économies locales. Pour inverser cette tendance, l’ANAPI parie sur une meilleure visibilité et une structuration accrue des filières régionales.
L’histoire dira si le pari sera tenu. Mais dans les couloirs de Mbuji-Mayi, une question commence déjà à circuler : le Kasaï-Oriental deviendra-t-il, demain, un pôle d’attraction ou restera-t-il une promesse suspendue ? La balle est désormais dans le camp des investisseurs — et des décideurs locaux prêts à jouer le jeu.
— M. KOSI

