spot_img

RN7–RN4 : le gouvernement presse l’Office des routes, l’économie locale ne peut plus attendre

Partager

Kinshasa met la pression. L’Office des routes a reçu l’ordre d’accélérer la remise en état de la RN7 au Sankuru et de la RN4 en Tshopo, après les alertes des élus sur les coupures de trafic entre Kisangani et Buta et les retards autour de Lodja. Message clair : rétablir les liaisons, fluidifier les échanges, limiter les pertes pour les ménages et les transporteurs. La décision intervient alors que la RDC dispose d’un réseau de quelque 152 400 km, dont une infime part est bitumée et une large portion reste difficilement praticable, ce qui renchérit chaque tonne de maïs, de poisson ou de ciment acheminée vers l’intérieur du pays.

RN7 et RN4, deux artères vitales sous contrainte météo et budgétaire

Pourquoi cette accélération maintenant ? Parce que la dernière saison des pluies a coupé la RN4 entre Kisangani et Buta, isolant des marchés entiers. Le ministère des Infrastructures promet une intervention rapide pour rouvrir la chaussée et sécuriser les franchissements les plus sensibles. Le communiqué officiel souligne la ligne de conduite : écoute des préoccupations locales, décisions immédiates, exécution sur le terrain.

Sur la RN7, l’axe Dibélé–Lodja concentre les regards. Des interruptions de chantier ont été signalées récemment faute de paiements, symptôme d’un cycle bien connu : contrats lancés, trésorerie qui patine, et délais qui s’allongent. Relancer les travaux, c’est reconnecter Lodja aux corridors Kananga–Kisangani–Tshuapa et ramener des coûts de transport à des niveaux supportables pour les commerçants.

Le dossier aéroport de Lodja compte aussi. L’arrivée d’un premier lot d’équipements mi-août laisse espérer une normalisation du chantier : viabilisation, engins, matériaux. À terme, l’infrastructure aérienne doit soutenir la RN7 : en période de pluies intenses, l’avion reste une soupape pour les produits périssables ou les évacuations d’urgence.

Au-delà des urgences locales, les chiffres rappellent l’ampleur du défi : la part de routes revêtues en RDC tourne autour de 3 %. Autrement dit, la moindre averse fragilise les remblais, emporte les buses et transforme une Nationale en piste. La Banque mondiale insiste depuis plusieurs années sur la nécessité de lier réhabilitation, résilience climatique et entretien régulier : sans drainage et contrôle des charges à l’essieu, les mêmes tronçons se dégradent à répétition.

Côté planification, le Programme routier prioritaire identifie environ 23 140 km concentrant l’essentiel du trafic national. Prioriser la RN7 et la RN4 s’inscrit dans cette logique : reconnecter les capitales provinciales, desservir les bassins agricoles et garantir la continuité des chaînes d’approvisionnement. Les données officielles rappellent aussi que près de 58 000 km de routes d’intérêt général sont à la charge de l’Office des routes : coordonner les équipes, sécuriser les ouvrages de franchissement, et programmer l’entretien périodique ne sont pas des options.

Sur le terrain, “accélérer” doit se traduire en gestes simples, visibles et mesurables : traitement des points noirs avant la prochaine pluie, réfection des buses et fossés, rechargement en latérite là où la portance a cédé, et pose de ponts modulaires pour lever les coupures les plus pénalisantes. L’expérience montre qu’une réouverture même partielle réduit immédiatement le prix du sac de farine ou du bidon d’huile dans les centres enclavés. Les échanges d’hier entre le ministre et les élus fixent ce cap ; le communiqué parle d’« écoute, réactivité et action ».

Reste la question budgétaire. Les arrêts de chantier sur la RN7 ont rappelé que la meilleure planification technique ne tient pas sans trésorerie sécurisée et paiements réguliers aux entreprises. Garantir les décaissements, publier un calendrier d’exécution réaliste, et associer les autorités provinciales aux choix de phasage réduisent les ruptures et apaisent les tensions locales. Les économies générées par une route praticable — moins de casse, trajets plus courts, arrivages plus fréquents — se lisent vite sur les étals.

À Lodja, la modernisation de l’aéroport peut jouer le rôle d’assurance transport : lorsque la route se ferme, l’aérien prend le relais pour les intrants médicaux, les pièces de rechange et certains produits à forte valeur. Les livraisons d’équipements signalées la semaine dernière donnent un signal de reprise du chantier. Suivre l’enchaînement des travaux — terrassements, balisage, sécurité — permettra d’évaluer l’impact réel sur la desserte du Sankuru.

Sur la RN4, l’enjeu immédiat est d’éviter le scénario de l’année dernière : glissements répétés et réouvertures temporaires. Des experts locaux, invités récemment au micro de Radio Okapi, rappellent que l’absence d’entretien planifié et la météo suffisent à dégrader vite une chaussée déjà fatiguée. Le lien entre maintenance et résilience n’est pas théorique : il se mesure en jours d’accès aux marchés et en frais de transport.

La balle est maintenant dans le camp de l’exécution. La phrase résumée du ministère tient en peu de mots — « accélérer les travaux » — mais elle engage toute une chaîne : ingénieurs, finances publiques, entreprises, et communautés riveraines. Le suivi public de ces chantiers — avancement, paiements, délais — sera la meilleure garantie pour que la RN7 et la RN4 redeviennent des routes de commerce, pas des obstacles.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une